En France, le budget de l'Etat n'est peut-être pas extensible à l'infini, mais quand il s'agit de trouver de l'argent, on en trouve toujours. La ministre de la Culture est là pour le prouver. "Les caisses sont vides" a publiquement averti Nicolas Sarkozy. Mais, alors que fait-on lorsqu'il s'agit de trouver de l'argent ? On augmente les impôts ? Non, "impôt" est un gros mot aujourd'hui dans le débat public français. On avance prudemment, on murmure, on susurre l'idée d'une taxe. La taxe, c'est aussi un impôt, mais comment dire ? Une taxe, on a toujours l'impression que ce sont les autres qui la paient. En tout cas en matière de "taxe", l'imagination ces jours-ci est au pouvoir ! Dernière idée en date, elle émane en effet de Christine Albanel. Pauvre comme Job, la ministre de la culture cherche de nouvelles recettes pour financer notamment la restauration du patrimoine français. "Pourquoi pas une taxe sur les nuits d'hôtel 4 étoiles ?" s'est-elle exclamée, notant que "2 petits euros, c'est la moitié du prix d'un soda au minibar de ces hôtels". On sent l'habituée. Idée formidable puisqu'elle concernerait surtout, a souligné la ministre, les étrangers qui viennent faire du tourisme chez nous. En gros, ils paieraient, sans le savoir pour ce qu'ils "consomment" de nos vieilles églises et beaux musées. Formidable, isn'it ? Ce n'est pas la seule idée en cours, tiens pourquoi pas inventer un nouveau jeu pour la Française des jeux dont une partie des recettes serait affectée au patrimoine ? Une chance au grattage, une chance au tirage, et c'est une cathédrale qu'on vous restaure ! Avant de vouloir trouver des recettes supplémentaires pour le patrimoine, le gouvernement s'est penché récemment sur d'autres projets de taxes : comment compenser la suppression de la pub sur le service audiovisuel public ? Là, le concours Lépine n'est pas terminé. Taxe sur les opérateurs de téléphonie mobile et fournisseurs d'accès internet, ou taxe sur les téléviseurs, ordinateurs, baladeurs MP3. Le gouvernement systématiquement souligne le caratère infinitésimal de la somme perçue sur chaque objet. L'idée, c'est évidemment que personne ne s'aperçoive qu'il paie quelque chose en plus, même s'il le paie bien, ce petit plus. En l'occurence, pour la télé et radio publiques, rien n'est tranché. En revanche, il existe déjà, depuis début janvier, une taxe poisson, pour venir en aide aux pêcheurs en difficulté. 2% sur la vente de poissons dans la grande distribution, avec exemption pour les huîtres et les moules. Comme il en existe bien d'autres, 40 pages dans la loi de finances 2008, taxes en tout genre affectées à des postes en tout genre, taxe sur les logements vacants, taxe sur les billets d'avion, taxe sur les pylônes électriques, taxe sur le renouvellement des autorisations de travail aux travailleurs étrangers ! Tout est bon pour trouver quelques fifrelins. Tout est bon et évidemment légal, avec juste quelques petits inconvénients. Créer une taxe, c'est créer une ligne supplémentaire de recettes certes, mais c'est : complexifier à l'infini le budget de la Nation. En affichage, c'est : minorer les dépenses réelles de l'Etat, c'est : esquiver le débat sur la répartition globale de l'impôt. Pourquoi l'Etat n'affiche-t-il pas ses priorités en toute transparence ? C'est enfin échapper tout court à ce qui est censé fonder notre droit fiscal, la progressivité de l'impôt plutôt que sa proportionnalité. Nicolas Sarkozy et son gouvernement ne sont pas les premiers, loin s'en faut, à préférer additionner des taxes plutôt que d'avoir à affronter ces débats là. Dommage. Un débat, un vrai débat de fond, sur qui paie l'impôt, à quelle hauteur, selon quels critères et pour en faire quoi très précisément ? C'est digne d'une politique de civilisation ça.

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