Hier à l'Assemblée, l'opposition a boycotté la séance des questions au gouvernement pour la première fois depuis 1974. Pourquoi une telle crispation ? Parce que plusieurs enjeux se nouent à cette occasion. D'abord, le plus évident - il a déjà été commenté et analysé - le droit d'amendement. Il est détourné depuis longtemps par toutes les oppositions successives. L'obstruction parlementaire par la démultiplication des amendements sur un texte est devenue une arme trop facile à utiliser. Avec les moyens informatiques, on fabrique en quelques minutes des milliers d'amendements à partir d'une poignée grâce à la technique « marquise vos beaux yeux d'amour me font mourir », « vos beaux yeux, marquise »... vous connaissez la suite ! Il parait donc logique de vouloir trouver une règle pour limiter ce détournement devenu une arme presque systématique. Le faire en limitant la durée des débats n'est pas choquant en soi. Mais le gouvernement a fait une grave erreur stratégique. Cette question est traitée dans le cadre d'une loi organique censée décliner la réforme des institutions votée cet été. Or, l'organisation du temps de parole autour aurait très bien pu être décidée hors du champ des lois organiques, par une simple réforme du règlement de l'assemblée. Réformes qui auraient été débattues plus sereinement. La tradition, quand on organise les travaux parlementaires, c'est de rechercher un large consensus. Pour cela, il faut que le Président de l'Assemblée sache s'imposer. Jean-Louis Debré ou Philippe Séguin, les précédents locataires du perchoir, avaient réussi à gagner le respect de l'opposition. Bernard Accoyer parait faible face au gouvernement mais surtout face à Jean-François Copé. Il se trouve que l'un des effets que l'on avait peut-être pas perçu lors des discussions autour de la réforme des institutions, c'est que renforcer le parlement dans un système où règne le fait majoritaire, donne un pouvoir immense au président du groupe majoritaire et marginalise le président de l'assemblée. C'est d'autant plus criant aujourd'hui que le premier est jeune, ambitieux et talentueux et que le second tient son poste comme un bâton de maréchal ! Mais le vrai enjeu de cette cabale spectaculaire que mène l'opposition en ce moment dépasse le cadre de l'organisation des débats à l'Assemblée. Le thème du moment, celui qui perce est le suivant : Nicolas Sarkozy met-il en cause les libertés publiques par sa politique et sa pratique du pouvoir ? La gauche, les syndicats, nombre d'intellectuels le clament et tentent d'alerter l'opinion. L'enjeu est donc celui-là : l'opposition va-t-elle réussir à faire passer cette idée dans l'opinion comme elle a réussi (et c'est d'ailleurs son seul vrai succès depuis mai 2007), comme elle a réussi à faire passer l'idée que le bouclier fiscal était une mesure plutôt injuste ? Voilà l'enjeu du moment. Ceux qui tiennent les clefs d'un éventuel basculement de l'opinion, dans ce domaine, sont les quelques parlementaires de la majorité qui, d'habitude, se rebellent. Une poignée de centristes, quelques vilpinistes et les sénateurs, comme pour le fichier Edwige ou les tests ADN. Si une toute petite partie de la majorité émet des doutes, ça valide, auprès de l'opinion, les critiques de la gauche. Voilà pourquoi le premier ministre multiplie les serrages de vis et les rappels à l'ordre au sein de sa majorité en ce moment. Des petites phrases, comme celle de Gérard Larcher qui se dit « très attentif au droit d'amendement », font beaucoup plus peur au Président de la République que les images (style 1848) des députés socialistes chantant la marseillaise aux pieds du perchoir. Le boycott des questions d'actualité aura un impact sur l'audimat dans les maisons de retraite et c'est une bonne chose pour les feux de l'amour ou tout autre programme concurrent sur TF1 ! Au-delà de ça, les questions du mardi et mercredi après-midi n'ont plus d'intérêt depuis longtemps. La majorité demande aux ministres pourquoi ils ont raison d'être aussi beaux et l'opposition pose généralement des questions de l'actualité de la semaine dernière. Le boycott est donc assez habile parce qu'il est visible mais sans conséquence autre que médiatique.

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