Cinquante ans d’amitiés officielles à la tête des deux Etats, mais les partis politiques ne suivent pas.

C’est vrai, on aurait pu penser, qu’avec le poids des décisions européennes dans nos vies quotidiennes, naîtraient, en plus de nos partis nationaux, des mouvements politiques européens, ou au moins franco/allemand. Des structures existent mais ce sont des coquilles vides. Il y a peu de solidarité inter-partisane, malgré les groupes politiques du parlement européen. Hier, Jean-François Copé s’est exprimé devant les cadres de la CDU. Les conservateurs allemands restent méfiants envers leurs l’UMP qui n’a pas su rendre la France plus budgétairement vertueuse en 10 ans de pouvoir. Ces dernières années Martine Aubry, à la tête du PS, avait multiplié les initiatives pour tenter d’harmoniser, avec le SPD de Sigmar Gabriel, les programmes de leurs partis en matière économique et surtout sociale. Martine Aubry en était à tenter d’obtenir que le SPD se prononce en faveur de l’instauration d’un SMIC dans l’agriculture allemande. C’est dire si l’on part de loin! Les écologistes allemands et Français sont ceux qui travaillent le mieux ensemble. Mais là aussi, il y a des différences culturelles tenaces. Il reste chez les verts français une tradition altermondialiste qui n’apparaît plus chez les puissants Grunen, même si les positions se rapprochent.

Il faut dire qu’il n’y a pas d’opinion publique Franco/allemande

Non… et malgré Erasmus, ARTE, Airbus, les multiples échanges culturels, les jumelages, le duo à la tête de nos Etats, sans cesse affichée… aucun débat intérieur ne passent le Rhin. Nos pratiques politiques sont encore trop différentes. Le fédéralisme allemand, la cogestion institutionnalisée face à la centralisation française et une habitude de la réforme par le conflit permanant. Ces façons de faire de la politique sont plus pesantes que nos différences culturelles : l’efficace rigueur allemande et la fantaisie créatrice française (Batiston/Shumarer 82). L’élégance germanique qui se résumerait à mettre des chaussettes dans ses Binkerstok ou le pouvoir de séduction arrogant des français; quel poids ont ces stéréotypes tenaces dans l’impossible union de nos deux peuples et de leur représentants ? Pourtant, ce qui nous rapproche devrait pouvoir être plus fort que ce qui nous distingue. Les capitalismes rhénans et colbertistes qui intègrent, tous deux à leur façon, la puissance publique dans l’économie, s’opposent au capitalisme anglo-saxon. C’est sans doute pour ça que l’exemple allemand est si présent dans le discours français en ce moment. Et, dans son genre, le président Français tend vers le modèle allemand. Le pacte de compétitivité, l’obsession de la promotion des PME et sa volonté d’obtenir des compris sociaux, germanise -un peu- la pratique politique de la France. C’est une divine surprise pour le SPD…parce que ce n’est pas ce qu’il avait compris de la campagne de Hollande. Il faut dire qu’il y a un truc que les allemands ne comprennent pas, me confiait hier un confrère berlinois, c’est que les présidents français ne font jamais ce qu’ils avaient annoncé qu’ils feraient. Dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on a dit ? Quelle drôle d’idée ! Voilà une subtilité qui explique beaucoup de choses dans notre incompréhension mutuelle…

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