Un rapport choc sur l’immigration est adressé au président.

Rapport qui n’est pas rédigé par de doux rêveurs. Les rapporteurs sont Pascal Brice, ancien président de l’OFPRA (l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), Patrick Weil, historien au CNRS, mais aussi des syndicalistes, un membre du MEDEF et un préfet. Le résultat tranche avec le discours dominant. Il préconise de faciliter la régularisation des sans-papiers. Non pas en changeant la loi, ni en procédant à des régularisations massives. Simplement en appliquant les critères existant avec plus de rationalité au regard de la situation réelle, de terrain. Les clandestins (environ 300.000 en France) qui ne le sont pas tant que ça... souvent ils travaillent, scolarisent leurs enfants et paient des impôts, vivent un enfer administratif et social, en plus d’être constamment sous le coup d’une expulsion... Une insécurité génératrice de désordre et de violences. ´Humanité et fermeté’, c’est le mantra de tous les gouvernements sur ce sujet. Ces deux mots associés ne veulent rien dire tant qu’on n’entre pas dans les détails. Les mots qui décrivent mieux la réalité sont plutôt ‘harcèlement et clandestinité’ ou ‘misère et violence’ ... Compliquer la vie des sans-papiers ne tarit pas le fameux appel d’air et crée du désordre public. Paradoxe, permettre un accès plus simple aux différents titres de séjour auxquels les étrangers peuvent prétendre rendrait aussi plus efficace, plus légitime, la reconduite aux frontières de ceux qui, selon l’expression consacrée, ‘_n’ont pas vocation à rester sur le territoire’. _Il y aurait, dès lors, plus de régularisations et plus de  reconduites à la frontière. Plus d’humanité et plus de fermeté justifiée et ciblée. La zone de flou (de non droit) serait réduite. Ce rapport rationnel, documenté, est désormais sur le bureau du président.

Est-il politiquement acceptable dans le contexte du moment ?

Disons qu’il faut à la fois du courage et le goût du risque pour affirmer que la solution d’ordre, c’est de régulariser à plus grande échelle. Il parait spontanément plus rentable à court terme de sur-jouer la fermeté. Mais ce rapport a tout pour inspirer qui se prétend libéral et progressiste. Pas sûr que ce soit la tendance en vogue à la tête de l’Etat. Certes, si Emmanuel Macron décidait de suivre ces préconisations, la droite expliquerait qu’il veut assoir son duel avec Marine Le Pen,  s’il le rejette, la gauche y verra une ‘lepenisation’ coupable. En politique... il y a ce qu’il faudrait faire pour régler un problème... Et puis il y a ce qu’il faut faire pour s’assurer d’être élu ou réélu... Ce n’est pas toujours raccord. Parfois ça l’est. Le sort de ce rapport dépend de l’équilibre et du lien que le président établira entre ces deux exigences: régler le problème et/ou augmenter ses chances d’être réélu. Emmanuel Macron a gagné en 2017 (haut la main !) avec un discours tout à fait raccord avec ce rapport. On peut, après tout, quand l’on prétend combattre le populisme, parier sur l’intelligence collective, ne pas renoncer au minimum de complexité qui convient à un débat de la sorte. La pente autoritaire, simpliste (preuve par 2017), n’est pas toujours, électoralement la plus sûre !  

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