L’affaire Karachi, c’est aussi le procès d’une façon de faire de la politique. Le procès du sentiment d’impunité de la génération des hommes de pouvoir des années 1990.

Tout est résumé dans 2 phrases : Edouard Balladur qui, justement, faisait voter une loi encadrant le financement des partis en 1995… il dit à l’ouverture du procès : ‘je serais d’une singulière perversité si j’avais, dans le même temps, prétendu assainir notre vie publique et tenté de la polluer’… François Léotard, lui, s’insurge : ‘c’est de l’épicerie, je ne suis pas épicier !’ 

Ces propos sont ceux de responsables qui se vivent au-dessus des contingences matérielles.

Pour, eux, l’intendance suit toujours… a toujours suivie ! Parce que, le pire c’est qu’ils ont peut-être raison ! Sans doute ne connaissaient-ils pas le détail de ce qui leur a permis de faire des campagnes au-dessus de leurs moyens et surtout de ce que la loi permet. 

Quand Edouard Balladur, favori de la présidentielle de 1995 se fait rattraper par Jacques Chirac, il faut redoubler de dépenses. Et c’est bien le candidat qui réclame plus de meetings, plus de matériels de propagande (comme si l’argent –tien !- était magique). 

Il n’a peut-être pas plongé ses propres gants dans les sordides mécanismes de rétro-commission. Il ne fait que dépenser ! Quand, 17 ans plus tard, les responsables de l’organisation de la campagne réélection de Nicolas Sarkozy, préviennent le candidat-président que plafond de dépenses bientôt atteint (c’est l’affaire Bygmalion), celui-ci répond un ‘débrouillez-vous’ de chef dégagé des vulgaires questions d’épicerie et de tiroir-caisse.   

Edouard Balladur se défend aussi en rappelant que ses comptes de campagne avaient été validés par le Conseil Constitutionnel

Et c’est là que l’on se rend vraiment compte de l’état d’esprit de cette génération de responsables qui n’a toujours pas compris ce qui lui était reproché. Cette insouciance devant le prix à payer pour leur voracité politique. Parce que, justement, depuis quelques mois l’on connait le verbatim accablant des séances du Conseil, présidé à l’époque, par ce que la mitterrandie faisait de plus cynique : Roland Dumas. 

On sait que pour ne pas créer une crise politique majeure, le Conseil s’était résolu à valider des comptes qui n’auraient pas dû l’être. Ceux de Jacques Chirac aussi. Tout, dans cette défense (‘je n’étais pas au courant et le conseil constitutionnel a validé mes comptes’) a sans doute son efficacité juridique, mais souligne une réalité et une mentalité beaucoup plus sale, que celles des sous-fifres chargées prendre des risques pour remplir les caisses de campagnes de ceux qui préféraient ne rien savoir des basses besognes. 

Ces attitudes de princes gâtés de la politique ont conduit une bonne part de la population à se montrer défiant envers les élus. On a tendance, aujourd’hui à dénoncer cette partie de la population qui s’est détournée des responsables politiques, qui se laisseraient berner par le moindre démagogue populiste… c’est oublier un peu vite (et ce procès nous le rappelle) le cynisme et l’esprit de propriétaire de la politique et de la chose publique, de toute une génération de responsables.  

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