Le Président de la République va donc s'exprimer à Versailles devant sénateurs et députés réunis. C'est une première. Presque... La dernière fois, c'était Adolf Thiers en 1873. Mais cette fois, il s'agit de l'application d'une disposition qui découle de la réforme des institutions votée en juillet dernier. C'était une volonté farouche de Nicolas Sarkozy, et de lui seul. Et c'est de bonne grâce, en se disant quelque chose comme « puisqu'il y tient tant, ça ne mange pas de pain » que les membres de la commission Balladur l'ont gentiment introduit dans leur projet de réforme. Alors que le président souhaite, à mi-mandat, à un moment clef, refixer un cap à sa présidence, c'est à la fois compréhensible et souhaitable. La question n'est pas là. Ce qu'il va dire ? On en a déjà une petite idée, on le commentera demain, quand ce sera dit. Restons sur le principe même de ce discours à Versailles. D'abord, cette sorte de discours du trône n'apparaît pas comme une manifestation du rééquilibrage des pouvoirs. C'est une convocation. Les parlementaires vont écouter le président, celui-ci partira et ils prendront la parole après. En dehors de fournir une occasion de solennité, de grandeur et de domination supplémentaire au président, on ne voit pas l'intérêt démocratique d'une telle cérémonie. Au Etats-Unis, le discours dit de l'Etat de l'Union, que le président prononce au le sénat, est une épreuve, une sorte de grand oral à l'invitation des parlementaires. On sent que ce sont eux les dépositaires directs de la légitimité populaire. En France, ça ne peut être pareil puisque c'est le président qui convoque à sa guise le congrès. C'est lui le dépositaire principal de la légitimité populaire puisqu'il est élu par l'ensemble de la nation. Il parle devant des députés dont il peut dissoudre la chambre. Nous ne sommes donc, toujours pas dans un régime présidentiel, c'est-à-dire avec une séparation hermétique entre exécutif et législatif. Du coup, la comparaison avec le discours annuel du président américain ne tient pas. On avait déjà constaté que, si Nicolas Sarkozy entend gouverner de façon moderne, il communiquait (face book mis à part) comme ses prédécesseurs. Ça n'a rien d'une atteinte à la démocratie. C'est juste un rehausseur artificiel de prestige, une petite touche monarchique de plus, dérisoire et un peu caricaturale, sur la République. Pendant sa campagne, il avait clairement dit qu'il voulait pouvoir parler devant le parlement. Mais ça faisait partie d'une promesse plus large et assez séduisante, une promesse de communication moderne. Il devait y avoir des conférences de presse régulières, on devait en finir avec ces émissions à l'ancienne en direct du palais avec journalistes choisis par l'Elysée. Parce que finalement, au bout de deux ans et demi, le président se contente de communiquer sous forme de monologues sécurisés. Des discours devant des auditoires conquis et triés. Dans toutes les autres grandes démocraties, le chef de l'exécutif est régulièrement amené à justifier de sa politique devant, soit la presse, soit des parlementaires. Il faut voir le premier ministre anglais passer sur le grill des communes régulièrement, c'est un exemple de démocratie et de transparence. Les présidents français ne sont jamais soumis à de tels exercices et il en découle toujours une impression d'isolement et d'opacité et parfois de manipulation. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, cette impression est atténuée par une tactique de communication assez efficace. Vous avez remarqué que, quoi qu'en monologue sécurisé permanent, le président a toujours l'air de répondre à une question. Il semble toujours se défendre contre des injonctions aussi outrancières qu'imaginaires : « Quoi ? Devant la crise on voudrait que je reste là, à ne rien faire ? » Cette tactique, Nicolas Sarkozy l'avait théorisée comme le raconte "Le Figaro" en mai 2005 qui le cite : « Dans les réunions publiques, c'est moi qui fait les questions et les réponses et à la sortie, les gens ont l'impression qu'on s'est vraiment parlés ». Le comble serait quand même que les députés et sénateurs aient l'impression, cet après-midi, d'avoir assisté à un débat parlementaire.

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