Ce matin... assumons !

"J'assume", enfumoir de la politique (allégorie)
"J'assume", enfumoir de la politique (allégorie) © Getty

Méfiez-vous du terme "j’assume" en politique. Il est à toutes les sauces et il est désormais piégé ! Emmanuel Macron en a usé et abusé pendant la campagne. Au début, c’était justifié. Il prétendait faire tomber des tabous (plutôt de gauche, d’où il venait) disant, par exemple, "j’assume de réformer l’ISF". Il y avait une part de risque électoral "assumé" justement.  En substance : "Ça peut me coûter des points mais je le dis parce que j’y crois."

Le candidat qui assume, certes, risque de mécontenter l’électeur en proposant une mesure minoritairement approuvée. Mais il a le courage de la proposer et souligne (au passage) cette qualité appréciée en disant "j’assume". Ça peut faire contre-point. C’est assez malin ! Seulement ce terme est maintenant surutilisé... Edouard Philippe, par exemple, assume tout, tout le temps ! Lors du conflit de la SNCF, il disait à tour de bras "j’assume de ne rien céder". Il savait qu’il avait l’opinion avec lui. Pari gagné mais aujourd’hui, ce mot galvaudé est devenu un attrape couillons. 

Oui, il faut revenir à sa définition !

Ouvrons le Larousse... Assumer a deux sens : "Prendre en charge une activité, une responsabilité." Deuxième sens, dont il est question en politique : "Se considérer comme solidaire d'une situation, d'un acte et en accepter les conséquences." En accepter les conséquences ! Voilà bien les mots importants pour le rôle politique du verbe assumer.

Mais dès la présidentielle, Emmanuel Macron avait perverti le sens en déclarant ceci, à propos du bilan du quinquennat Hollande : "J'assume tout en étant responsable de rien." Cette phrase est un non-sens ! On ne peut pas assumer sans être responsable. On ne peut pas se mouiller en restant sec. En 2002, Lionel Jospin disant "j’assume la responsabilité de la défaite", en tire, bien sûr, les conséquences et abandonne la politique.

Aujourd’hui, "j’assume", au contraire, veut dire "c’est comme ça, pas autrement, sans conséquences !" "J’assume" n’est plus un acte de responsabilité mais un acte au mieux d’autorité, au pire de défausse. Et comme l’autorité est une qualité politique qu’une partie de la population réclame, il est toujours tentant, lorsqu’on est fatigué de convaincre, ou que l’on s’aperçoit, après une erreur, qu’il ne sert à rien de se justifier face au rouleau compresseur de la critique... Il est toujours tentant de s’en sortir par un «j’assume-point-final».

Laurent Wauquiez a, à son tour, pris ce tic. Il faut dire qu’il a un tel problème de sincérité qu’il est obligé, plutôt que de se perdre en justifications, de faire acte d’autorité par des "j’assume" qui disent qu’il ne se soumet pas, lui, au diktat des médias ou des fameux bien-pensants. Il en use jusqu’à l’absurde. Je le cite – c’était mercredi : "L'agriculture est une chance pour la France, j’assume de vouloir préserver un vrai budget pour les exploitations françaises." Ça ne veut rien dire, il n’y a aucun risque ! Tout le monde est pour !

J’assume est devenu un barbarisme, pour déguiser la démagogie en courage. Maintenant, au moindre "j’assume" dans la bouche d’un politique, demandons-nous quelle est la vraie conséquence pour le locuteur. S’il n’y en a pas d’évidente, c’est qu’il nous enfume !

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