On ne peut qu’être abasourdi devant les images de foules compactes, dansantes et chantantes, composées sans doute de personnes arrivées au centre de Paris en métro (comble de l’absurdité) avec leur masque. Une partie de la jeunesse, qui fut, c’est vrai, la première victime du confinement, visiblement, ne tient plus.

Elle avait  respecté le confinement mais hier soir elle a voulu oublier la menace pour elle et ses aînés. Dans une ambiance générale d’abandon progressif des gestes barrières (en dehors des transports  publics), hier donc, en plusieurs points de la capitale, au Nord de la  place de la République jusqu'à Stalingrad, devenus quartiers étudiants,  des DJ avaient installé rapidement leur matériel. 

Des foules s’y sont regroupées, ont dansé, sauté ensemble, serrées comme  pour défier le virus et les interdits. La préfecture de police et la  mairie de Paris repéraient les regroupements illicites pour les faire  évacuer avec les risques de basculement dans la violence, heureusement évités. 

Certains DJ avaient des autorisations  de la Mairie… 

Mais avec un nombre de spectateurs limité à 10 ! Drôle  d’idée : dite à un DJ de mettre en place un dispositif pour limiter son public à 10 personnes respectant les distances physiques est aussi illusoire que de demander à des moutons de se mettre en rang, par deux et de marcher au pas !

 Fallait-il interdire la fête de la musique ?

Pas  sûr que cela aurait changé grand-chose. Le 15 mai dernier, Franck  Riester, ministre de la Culture, avait annoncé le maintien de la Fête de la musique, mais dans certaines conditions de respect des distances physiques… 

Certaines villes comme  Lyon ou Toulouse l’avaient, elles, interdite. A Paris, c’est l’Etat, via le préfet de police, qui a seul la possibilité de prononcer cette interdiction. Mais la mairie était du même avis que les ministères de l’Intérieur et de la Culture. Pour Paris, mieux  valait l’autoriser dans certaines conditions que de prononcer un  nterdit général qui, de toute façon, n’aurait pas été respecté, comme  les récentes manifestations. Il aurait été vain de vouloir faire appliquer un tel interdit, à moins de quadriller la capitale de force de l’ordre.

On critique beaucoup les responsables  politiques… le recours aux attestations, pendant le confinement, qui ont  pu paraître comme un flicage abusif de la population. On en appelle souvent à la confiance, à la responsabilisation… Mais les  images d’hier (même s’il faut avoir conscience de l’effet  démultiplicateur des réseaux sociaux et chaînes tout infos) sont  affligeantes. Ici, c’est une partie de la population, plus que les autorités, qu’il faut d’abord critiquer. 

C’est vrai, la  communication du gouvernement, ces dernières semaines, avait un air de  libération : ‘Retournez à l’école, retournez travailler, retournez au restaurant (tout en respectant les gestes barrière)’. On comprend bien la difficulté : la réalité de l’urgence économique et  sociale du moment. Mais ce discours (c’est ainsi) produit aussi un effet  libératoire dangereux dont nous avons vu la caricature hier soir à  Paris.

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