François Fillon reçoit ce matin à Matignon les parlementaires de la majorité présidentielle, une manière de montrer qu'il est en première ligne dans la bataille des législatives. C’est un vrai changement de style aussi pour le premier ministre. Ils ont pour lui les yeux de Chimène. Il les a fait gagner, oui, ils le savent tous, c'est lui qui a fait la campagne de Nicolas Sarkozy. Il les reçoit à peine installé à Matignon, tout comme la première visite du président élu leur fut réservée au lendemain du 6 mai et ils sont sensibles à de telles marques d'attention. Il est l'un des leurs, il fut attaché parlementaire avant d'être député lui même et ils préfèrent oublier qu'il est parti se réfugier au sénat après 2004, quand le temps décidément s'est gâté, après tout, même les meilleurs ont ces coupables faiblesses. Il a passé des heures au parlement lors de la dernière législature sur les bancs du gouvernement, à défendre des textes importants, celui de la réforme des retraites notamment. Ils se souviennent à peine qu'il fut un temps où les étudiants et les profs étaient dans la rue à cause de lui, où c'est lui qui les rendait impopulaires dans leur circonscription. Aujourd'hui, en guise d'étendard électoral, ils ont fait leur la devise revancharde de François Fillon "quand on fera le bilan de Jacques Chirac, on ne se souviendra de rien, sinon de mes réformes." François Fillon ou l'anti Villepin. Oui, c'est cela qui soulage aussi les députés aujourd'hui. Qu'importe que le premier ne soit pas aussi charismatique que le second, qu'il soit moins flamboyant et qu'on le voit mal à l'ONU tenir tête à Georges Bush. Il est le "négatif" ou le "positif" de l'ex premier ministre, et cela leur suffit. Dominique de Villepin qui n'a jamais réussi à cacher le peu d'estime dans laquelle il tenait les parlementaires, ces "connards" lui a-t-on prêté comme qualificatif à leur égard. La politique procédait pour lui quasiment d'une mission transcendentale. Il était celui qui était choisi pour guider la France. Il l'a fait, plus prosaïquement, il était convaincu de tenir sa seule légitimité du président de la république. Il n'en chercha pas d'autre. Mais à l'heure des épreuves, le soutien actif et sans réserve des parlementaires lui fit défaut. Pire les godillots se rebellèrent et cela ne fut pas pour rien dans l'abandon forcé de toutes vélléités présidentielles de Dominique de Villepin. François Fillon lui, par nature et nécessité a choisi de revenir à une voie plus classique. Il sait combien sa marge de manoeuvre pour exister vis à vis du nouveau président est étroite. Alors, pour ne pas jouer les figurants, il sera un premier ministre, chef de la majorité, au moins cela. Il s'investit donc à fond dans la bataille des législatives, se représente lui-même, insiste sur sa conviction que "la légitimité politique s'acquière par l'élection". Et rêve que les sondages d'aujourd'hui soient les résultats de demain. Pendant que le président gouverne, le premier ministre organise et dirige sa future majorité parlementaire. Qui sait, peut être un jour, sera-t-elle sa protection.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.