Drôle de combinaison ce matin : le sport et la politique. Pour parler d’abord d’un livre collectif, sous la direction de François Bégaudeau. Un livre très instructif, souvent amusant, parfois inégal, comme souvent le sont les œuvres collectives mais que je vous recommande tout de même. Il s’intitule « La politique par le sport » et les auteurs abordent des questions aussi incongrues, en apparence, que le goal, qui serait miné par l’individualisme bourgeois, l’anarchisme du dribble… Le smatch est-il vraiment gaulliste ? Et le patinage artistique, bien sûr, c’est un sport démocrate chrétien. Il y a un gros passage sur le rugby. Le rugby est-il collabo ou socialiste ? Et c’est vrai qu’il y a à dire. La fédération française de rugby s’est maintenue pendant l’occupation et ses dirigeants étaient des collaborateurs notoires. La branche résistante a créé la fédération du jeu à 13. Mais en fait, le rugby serait une allégorie du socialisme. L’individu est au centre mais ne peut rien seul. Celui qui marque n’est pas la vedette, et le plus beau geste, c’est la passe. L’offrande que l’on fait toujours en arrière, a quelqu’un pour qui on a déjà fait un bout de chemin. Un autre texte détaille le rugby : il y a des postes de droite et des postes de gauche. C’est assez réjouissant comme toutes les constructions intellectuelles faites par des auteurs qui ont deux passions apparemment étrangères et qui veulent à tout prix les réunir ! Au-delà de ce livre, c’est vrai que les actualités sportives et politiques s’entrecroisent souvent. Le foot, sport populaire et planétaire, regorge de politique. Le foot est le plus puissant ascenseur social, l’un des seuls qui marche encore. C’est aussi une caricature des dérives du marché, de la folie consumériste. C’est un objet d’étude pour les phénomènes de masse, la compétition, le pain et les jeux, la libération ou l’aliénation, le chauvinisme ou la fraternité, la guerre et la paix, l’abrutissement d’une foule ou l’intelligence d’un geste. Et puis, les tribunes du stade de France sont un thermomètre social. Nicolas Sarkozy, par les temps qui courent, y va le moins possible et le plus discrètement possible pour éviter les huées. Quand « La marseillaise » est sifflée, le stade est aussi un indicateur de nos fractures. Le racisme des tribunes ou l’affichage de la France black blanc beur. Le foot renvoie des images contradictoires comme l’est notre société. Si l’on y réfléchit, sport et politique s’entremêlent en permanence. Les poncifs des commentaires politiques empruntent d’ailleurs outrageusement au vocabulaire sportif. La balle est dans le camp du gouvernement, le président contre attaque, l’opposition tacle le ministre et le premier ministre botte en touche ou transforme l’essai s’il n’est pas K.O debout. Parmi les premières images de Nicolas Sarkozy Président, il y a Nicolas Sarkozy suant en faisant son jogging. On nous dit que c’est un message. Barack Obama fait installer un panier de basket à la maison blanche. Le sport des noirs détrône le baseball des blancs et de Georges Bush à la tête du pays. Sport et politique c’est aussi au cœur du beau documentaire sur Lilian Thuram qui passera sur Canal Plus vendredi soir prochain. L’arrière champion du monde y parle de son différent avec le président mais surtout de l’esclavage, de sa préférence pour Maclom-X sur Martin Luther King, du racisme ! On le voit pleurer devant sa télé le jour de l’élection de Barack Obama. En l’écoutant, on mesure à quel point le sport et la politique ont en commun d’être des aventures collectives et des destins personnels. _____ LIVRE : « La politique par le sport », dirigé par François Bégaudeau, est publié chez Denoël.

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