Ce matin, vous examinez la position de l’UMP sur le "mariage pour tous" en cas de retour au pouvoir.

Oui et on pourrait croire que le débat est de savoir si, une fois revenue aux affaires, l’UMP abrogera la loi. En fait, non, ce n’est pas la question… La question c’est plutôt de savoir quel degré de mensonge certains responsables de l’UMP sont capables de tenir aujourd’hui à propos de ce qu’ils feront de ce texte demain. Parce que la vérité est limpide : personne ne reviendra sur cette loi ! Aucun gouvernement démocratique n’est jamais revenu en arrière sur une liberté de cet ordre. A moins de souhaiter un pouvoir autoritaire qui voudrait rogner les avancées du droit, personne ne dira plus jamais aux homosexuels qu’ils n’ont pas le droit de se marier et d’adopter des enfants en France. Comme le dit un député UMP, opposant au texte, qui fut l’un des plus assidus et talentueux pendant le débat parlementaire, Philippe Gosselin : « il y a sur ce genre de texte, un effet cliquet ». C’est irrémédiable. C’est d’ailleurs parce qu’ils le savent que des tas de gens (dont ce n’était pas l’habitude) sont descendus dans la rue pour manifester avec ferveur. Mais ça doit quand même faire bizarre de constater que ce à quoi l’on s’oppose fait partie de l’évolution logique de la société… à tel point qu’il serait inconcevable de défaire la loi. C’est un peu comme s’opposer à Internet en 1995 pour défendre l’imprimerie française. Ceux qui, comme les membres de la droite forte disent qu’ils reviendront sur le mariage et l’adoption pour les remplacer par une forme d’union civile sont, soit des idéologues bornés soit des stratèges à courte vue. Dans les deux cas ce sont des menteurs. Un peu comme ceux, au PS, qui prétendaient qu’un gouvernement de gauche reviendrait à la retraite à 60 ans pour tout le monde.

Jean-François Copé, lui, veut réécrire le texte.

Oui Jean-François Copé explique qu’il faudra réécrire la loi pour protéger la famille, le droit des enfants et la filiation. On ne comprend pas bien le sens de cette affirmation puisque la GPA et la PMA sont interdites et qu’il serait impossible de garder le mariage en supprimant la possibilité d’adoption… On ne comprend pas bien mais au fond, la raison d’être de cette proposition est plus de se situer à mi-chemin entre les partisans et les opposants de l’abrogation que d’être applicable. C’est donc une posture, pas une position politique ! En gros c’est une tentative de synthèse. Car Copé est désormais président d’un parti qui comprend des tendances. Le voilà obligé de sacrifier à l’art subtil et délicieusement surréaliste de la synthèse ! Ça ne peut pas lui faire de mal et ça peut le mener loin… François Hollande avait été le André Breton de cette discipline. Rappelez vous la fameuse histoire que raconte Fabius sur la virtuosité de Hollande à ce sujet : « un socialiste vient le voir et lui dit 'il est 6 heure du matin… un autre lui affirme qu’il est 6 heures du soir' : on est d’accord, répond Hollande, il est 6 heures ». C’est un peu ce que vient de faire Jean-François Copé… Pendant ce temps là une fatwa ultra conservatrice vient de s’abattre sur Nathalie Kosciusko-Morizet qui eu avait eu le tord de penser qu’elle s’éviterait des ennuis en s’abstenant sur le mariage pour tous. C’est le combat entre la droite identitaire (réveillée en 2010 par Nicolas Sarkozy) et la droite sociale et libérale. La synthèse fumigène de Copé n’y pourra rien. Le débat idéologique que personne n’osait mener à l’UMP (de peur d’être accusé d’anti-sarkozysme) commence. Il était temps !

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