Ce matin : la communication présidentielle.

Oui, Emmanuel Macron, attaché à restaurer le poids de la parole présidentielle, réfléchit encore à l’équilibre à trouver. C’est sans doute ce flottement qui lui a fait commettre ces fautes de goût dans la préparation du voyage au Mali. Une chose est sûre, le président ne parlera pas à la volée, en sortant d’une réunion ou d’une voiture. Il tentera d’y résister du moins. Globalement faut-il renouer avec le concept éprouvé de la rareté ? L’idée que la parole présidentielle rare soit, en fait, un évènement performatif. C’est-à-dire qu’elle change la donne politique rien que d’être prononcée. Nicolas Sarkozy, que l’on appelait l’hyper président (qui était plutôt un hyper 1erministre) parlait tout le temps, multipliait les annonces suivant l’actualité. Il nourrissait la bête médiatique quasi quotidiennement en lui balançant des quartiers de viande polémiques. Il se vantait, d’ailleurs, de faire l’agenda du débat public. Seulement si nous, les médias, nous nous repaissions de ses déclarations qui alimentaient nos tuyaux d’info permanente, très vite, il s’est étouffé à suivre notre rythme effréné. Les rythmes médiatiques et politiques ne sont pas les mêmes. Le décalage temporel, par exemple, pour une loi, entre son annonce et son application, est béant. La parole sarkozienne s’y est vite perdue. La parole de François Hollande, elle, donnait une impression de commentaire constant, donc d’impuissance. Celui qui commente n’agit pas.

Et donc, Emmanuel Macron va-t-il raréfier sa parole pour lui redonner du poids ?

Pas si sûr parce que le président de l’ère du tout-info et des fake news ne peut pas raréfier sa parole comme du temps du Général (de Gaulle n’était pas sur Twitter). En même temps, une présidence qui se veut jupitérienne (il faudrait d’ailleurs définir ce terme) ne peut, en effet, participer à la logorrhée du débat public quotidien. Il lui faut donc trouver un équilibre : une parole assez présente mais qui reste performative ! Pour des rapports presse/Elysée et une communication un peu plus mature, cet équilibre nous concerne aussi, nous journalistes. Trop souvent, par le passé, les présidents ont communiqué sous forme de monologues relativement sécurisés, soit par abus de déclarations solennelles soit lors d’interviews très formatées, en direct de l’Elysée, dans un cadre écrasant pour les journalistes.

Les présidents se mettent rarement (François Hollande excepté, reconnaissons lui ça) en situation d’être questionnés de façon contradictoire.

Les chefs d’exécutif des régimes parlementaires voisins (Italie, Allemagne, Angleterre) sont eux, régulièrement face à leurs Parlements, confrontés, constamment obligés d’argumenter, de faire de la pédagogie. Ce n’est pas le cas pour le président français –jamais mis, s’il ne le souhaite pas en situation de débattre véritablement et qui a les moyens de rester des mois dans une ambiguïté confortable. Il faut trouver des formes d’expression en situation d’apporter de vraies contradictions et en même temps non dépourvues d’une certaine solennité. Pour ce faire, on n'a rien trouvé de mieux que la conférence de presse régulière, organisée avec la presse présidentielle. Il faut revenir, en la modernisant, parfois peut-être en la thématisant, à cette tradition à la fois simple et transparente et qui n’entame pas l’étiquette du chef de l’Etat.

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