Le cas Vincent Lambert est un cas politique - c’est ce qui est détestable dans cette affaire qui aurait dû rester privée.

La violence symbolique des manifestations de joie exubérante des avocats et soutiens de la partie de la famille Lambert favorables à la poursuite des traitements, ce mot remontada, prononcé sur les champs-Elysée, comme pour un but de qualification en finale, sont la manifestation de ce que le sociologue Olivier Bobineau appelle L’Age des radicalisations. Il décrit ce processus social et politique, par lequel des individus mettent un principe, une valeur, à la source (la racine) de leur identité personnelle et collective. 

Cette décision d’arrêter ou pas les traitements ne devait appartenir qu’à la famille et aux médecins. Dans l’immense majorité des cas, les familles tiennent compte de l’avis des médecins quand ceux-ci coïncidèrent que les traitements ne représentent plus qu’un maintien artificiel en vie végétative. 

Dans le cas Lambert, rarissime, il y a conflit familial. 

Les décisions de justice, nationales, internationales, contradictoires, ont fait passer, avec la médiatisation voulue par les parents de Vincent Lambert et une clique catholique ultra, une affaire privée au statut d’affaire politique. Le président et le pape se sont même exprimés ! 

Les acharnés qui s’auto-qualifient ‘pro-vie’ veulent faire de ces décisions de justices, des normes collectives. C’est une entourloupe politique ! La justice ne dit pas, au nom de la société, que Vincent Lambert doit continuer à être traité... elle dit que le droit ne l’interdit pas si la famille le veut. Seulement la famille est divisée.

La loi Claeys-Léonétti ne permet pas de régler cette question.

Cette loi exemplaire, élaborée par deux parlementaires, (un PS, un LR) votée à l’unanimité, était justement faite pour que ces décisions restent dans la sphère privée, familiale, avec le médecin. Mais effectivement, il manque à la loi une précision importante : la hiérarchie des décisions familiales. L’avis du conjoint devrait prévaloir sur celui des enfants majeurs, qui lui-même devrait prévaloir sur celui des parents. 

Cette affaire sera peut-être l’occasion de réfléchir à l’idée d’établir une hiérarchie familiale, comme en Belgique. Elle devrait nous inciter, aussi, individuellement à faire savoir à nos proches ce que nous voulons pour nous-même en pareil cas. Mais plus généralement elle fait revivre de façon surprenante le clivage droite-gauche. 

La gauche (qui traditionnellement, dans l’esprit des Lumières, refuse de confondre identité individuelle et norme sociale), est favorable à la privatisation de la décision... 

La droite (qui a voté la loi Claeys-Léonetti) est officiellement désormais sur la même longueur d’onde. 

Mais alors que la crise est devenue politique, hyper médiatisée, la droite Bellamy/LePen se range, là, du côté de la radicalité, c’est à dire de l’essentialisation, de l’empiètement des identités personnelles sur l’espace public. Les conservateurs, voire les réactionnaires, qui perdent batailles culturelles sur batailles culturelles, s’agissant du mariage de même sexe, de l’homoparentalité, de l’avortement et du féminisme, tentent, bruyamment (et y arrivent pas mal) de faire passer des victoires judiciaires, procédurales et passagères, pour une victoire culturelle et politique. 

Sur ce sujet, lire La voie de la radicalisation d’Olivier Bobineau. 

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