Déconfinement démocratique, suite ! A condition de garder les électeurs "connectés".

L'édito du jour, avec vous Yael Goosz. Sauf coup dur épidémique, retour aux urnes le 28 juin… Bienvenue dans la drôle de campagne.

Mieux vaut être expert que politique par les temps qui courent… Le conseil scientifique ne donne un feu ni vert ni rouge. Mais pour le gouvernement, le orange n'existe pas, il s'apprête à trancher « quoi qu’il en coûte », politiquement. Il en va de ce nouvel horizon comme du 11 mai et des écoles, peut-on vraiment ? N’est-ce pas trop tôt ? Les maires sortants sont pressés d’en finir, la relance économique en dépend, et Emmanuel Macron aura du mal à ouvrir un nouvelle page sans avoir décollé ce sparadrap des municipales. Ultime argument : le 15 mars, on nous disait « restez chez vous, mais allez voter »... Alors en juin le message ne peut pas être « sortez de chez vous, mais boudez les urnes. » 

Soit. Mais la conséquence de tout ça, c'est qu'il faut redémarrer une campagne. La réinventer surtout. Comme dans la série Walking dead, on s'est habitué, sur les trottoirs, à passer devant ces panneaux d'affichage anachroniques, ces 4 par 3 déchirés et délavés, avec ces binômes de candidats souriants, sans masques ni distanciation. On ne va pas refaire les photos, mais sur le fond est-ce que nos finalistes du deuxième tour peuvent reprendre tel quel leur projet ? Non. Il va falloir actualiser, trier, re-hiérarchiser. Accélérer souvent, le vélo sort gagnant du confinement. Ralentir parfois. Les mairies, elles aussi, s'endettent pour soulager restaurateurs ou commerçants en difficulté, à coups de reports de taxes ou d’annulation de loyers. Et quand vous faîtes campagne sur une troisième ligne de métro, comme à Toulouse, une cinquième ligne de tramway et un nouveau stade à Montpellier, est-ce toujours finançable et rentable dans les délais prévus ? Avant le 15 mars, il y avait aussi cette course aux embauches de policiers municipaux. La gratuité des transports en commun, aussi, était un thème à la mode… Est-ce que tout ça résiste à la crise ? 

Difficulté supplémentaire : nos candidats vont retravailler leur programme à l’aveugle. D’ici au 28 juin, ils n’auront pas, en tout cas pas dans les détails, le cadrage des plans de relance, européen et français ! Or tout dépendra, dans les villes, du niveau des dotations et de leur ruissellement. 

Pas simple, vous dites, mais l’occasion aussi d’inventer et d’innover politiquement…

Oui, le confinement a dopé les pratiques numériques… Meeting virtuel de Mélenchon, casserolades instagramées, muguet numérique vendu le 1er Mai sur le site du Parti communiste. Désincarnée, la campagne peut gagner en efficacité, avec des messages adaptés à la cible sur les réseaux. Avec un discours sur Zoom, vous remplissez plusieurs gymnases, voire un stade de France ! Et contrairement à un entre-deux-tours classique, qui dure 3 jours après fusion des listes, le 28 juin ça laisse beaucoup de temps pour investir les réseaux et tenter se remettre en selle. 

Reste à résoudre le problème numéro un : la grande peur du vote, l’abstention massive du 15 mars, notamment celle de nos aînés. Et ce sera ma contribution au débat : pourquoi, depuis 1975, la France a-t-elle abandonné le vote par correspondance ? Par peur de la fraude ? Mais ça s’est très bien passé aux élections municipales de mars en Bavière. Le Royaume-Uni aussi le pratique. Profitons de cette étrange campagne pour déconfiner nos habitudes et restés connectés, dans tous les sens du terme, aux électeurs. Vive la Poste.  

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.