L’affaire de Toulouse va alimenter maintenant une partie des débats de la campagne.

Oui, il y aura certainement des débats sur les raisons pour lesquelles la police n’a pas pu stopper à temps ce terroriste qui avait fait plusieurs séjours en Afghanistan et au Pakistan. Il y aura des appels (il y en a déjà beaucoup) a éviter les amalgames…Il y aura des amalgames. Et puis il y aura sans doute la question ! La question, philosophico-politique qui revient toujours quand un enfant née et élevé en France passe au terrorisme. Cette question c’est celle-ci : « Quelle est cette société qui a pu engendrer un tel monstre? » … Seulement cette fois-ci la question ne tient pas. Elle a même quelque chose d’indécent au regard de la spécificité du crime contre les enfants de l’école de Toulouse. Cette interrogation donne une importance démesurée au contexte et écrase la responsabilité individuelle. On peut toujours considérer que le fanatisme religieux a annihilé le libre arbitre de l’assassin et que le fanatisme religieux se nourrit des insuffisances de notre société. Mais poser cette question en ces termes (personne ne l’a encore véritablement fait parmi les candidats, François Bayrou l’a imprudemment effleuré) ce serait nier la notion d’individualisme positif qui nous vient des lumières et qui est l’une des base de notre organisation sociale. Chercher ne serait-ce qu’une raison (pas une excuse) mais une raison d’ordre générale, liée au contexte, à une frustration sociale, au racisme, pour expliquer cette forme d’assassinat d’enfant est aussi déplacée que de tenter justifier la torture pendant la guerre d’Algérie pour prendre un exemple dont on a parlé récemment.

Il y a pourtant bien des raisons pour lesquelles un tel individu en arrive à de telles extrémités ?

Certainement, elles ont à voir avec une forme de folie mystique et pas avec la politique. Bien des violences, bien des révoltes, biens des crimes sont explicables (pas excusables mais explicables) par le contexte social, les inégalités, la discrimination. On peut admettre la violence (c’était le grand débat entre les Black Panthers et les partisans de Martin Luther King aux Etats-Unis dans les années 60), les luttes armées de libération, même meurtrières ; qui ne s’est pas déjà dit qu’il n’aurait sans doute pas la force de ne pas se venger et d’être violent s’il était victime d’une terrible injustice ? Mais personne ne se dit qu’il irait dans une école, prendre par les cheveux une petite fille pour la tuer à bout portant même s’il avait subi les pires horreurs. Le contexte n’est ici pas invocable. Les candidats qui tenteraient d’utiliser ce massacre pour contester autre chose qu’une défaillance sécuritaire en seraient certainement pour leur frais politiques. Il y a une autre attitude similaire et détestable c’est celle qui consiste à dire qu’une partie de la classe politique excuse, comprend, voir favorise indirectement le communautarisme et que ce communautarisme (donc la aussi le contexte) expliquerait le geste de Mohamed Merah. Malheureusement l’édito du Figaro de ce matin formule cette accusation. Il considère que cette affaire, je cite « jette une lumière crue et terriblement inquiétante sur ce communautarisme que la gauche encense ». Jean-François Copé, dit, dans ce même journal à peu prés la même chose en affirmant que les socialistes et les écologistes avaient tendance à nier la dangerosité des jihadistes et des terroristes ! ce sont deux tristes dérapages. Ce qui pensaient que la campagne allait adopter un ton grave et sage peuvent déjà déchanter.

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