Ce matin, bien sûr, la mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Oui, on ne répètera certainement jamais assez que l’ancien président bénéficie de la présomption d’innocence… Mais une mise en examen pour « abus de faiblesse » envers une personne âgée, c’est évidement dévastateur d’un point de vue politique et symbolique parce que les motifs sont d’une simplicité limpide… Contrairement à l’affaire Karachi, pour le financement de la campagne d’Edouard Balladur ou l’affaire Tapie/Crédit Lyonnais, dans lesquelles Nicolas Sarkozy pourrait bien être inquiété dans l’avenir… Deux affaires très complexes faites d’écheveaux financiers dans lesquels les responsabilités politiques et personnelles se diluent forcément…Là, dans le cas Bettencourt, c’est tout bête… Et le drame pour l’ancien président, c’est que tous les citoyens peuvent très bien s’imaginer la scène. Un homme avec un bagout que tout le monde lui connaît embobine une vieille dame qui n’a plus toute sa tête. La scène est terrible, à la fois drôle et cruelle (elle a d’ailleurs été scénarisée à de multiple reprises par les Guignols et par nos humoristes de 8h55 !) Symboliquement elle est dévastatrice : « abus de faiblesse » ! Pour celui qui deviendra l’homme le plus puissant de France… Mais surtout politiquement, le chef de cette mise en examen pulvérise le message principal du candidat de 2007. Rendez-vous compte ! L’homme qui a fait campagne avec, comme slogan « travailler plus pour gagner plus » et dont l’essence du discours était de remettre la « valeur travail » au centre de la vie politique aurait donc fait financer une partie de sa campagne, de façon illégale par la première fortune de France, par une héritière ! C’est un peu comme ces évangélistes puritains américains que l’on surprend régulièrement dans le lit de leur maîtresse.

Quelles répercutions cette mise en examen peut-elle avoir sur la vie politique ?

Personne ne peut répondre avec certitude à cette question et il y a deux poncifs qu’il faut éviter dans le commentaire politique dans ces cas-là : le premier c’est « cette affaire met un coup d’arrêt à la carrière politique du mis en examen »… et l’autre poncif c’est « il ne faut jamais enterrer un vieux lion de la politique ». Je vous laisse vous débrouiller avec ces deux vérités contraires ! On peut simplement espérer qu’avec cette affaire, une pression va s’exercer sur François Hollande pour qu’il réforme effectivement le statut pénal du chef de l’Etat. La question se pose. Cette affaire ne nécessitait pas une longue enquête internationale ni des spécialistes des réseaux financiers trop pointus. Aurait-il était mieux pour le bon fonctionnement de la démocratie que le président Sarkozy soit mis en examen et même entendu par les juges alors qu’il était en exercice ? C’est une question importante. D’un côté, il faut protéger l’institution et celui qui doit garder toute autorité pour présider la République, d’un autre côté, comment se satisfaire qu’un président dont on sait, a posteriori, que pèse sur lui un tel soupçon, ait pu refaire une deuxième campagne et demander à nouveau la confiance aux Français ? Enfin, il faut souligner que cette affaire (comme l’affaire Cahuzac) a été levée par Mediapart. Souvenez-vous quand le site d’information avait sorti l’enregistrement du Majordome de Madame Bettencourt, il y avait eu un débat surréaliste pour savoir si sortir cet enregistrement, c’était du journalisme ! C’était assurément du journalisme.

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