L’affaire Benalla enflamme la classe politique !

Psychodrame, dramatisation exagérée de la part de la majorité. Quand l’ancien monde (le Sénat) décide –sans doute opportunément- d’être enfin moderne, voilà que le nouveau monde réagit à l’ancienne. ‘Ancien et nouveau monde’ Je m’étais  promis de ne plus utiliser ces termes rabâchés... mais là, avouons, ils sont (pour une fois) pertinents. Les sénateurs disent avoir de sérieuses raisons de penser qu’Alexandre Benalla, Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, Patrick Strzoda, directeur de cabinet, et le général Lavergne, chef de la sécurité, ont menti, au moins par omission, sous serment devant leur commission d’enquête. Soit les sénateurs exagèrent et alors la justice le dira, LREM et le président pourront fustiger l’opposition avec raison. Ou alors la justice constate, comme les sénateurs, que les collaborateurs du président ont favorisé, pendant leurs auditions, les arguments qui servaient la défense du chef de l’Etat au détriment de ceux qui servaient la vérité. On aurait pu imaginer qu’un gouvernement serein, sûr de son fait, réagisse plus calmement en expliquant attendre... comme il est d’usage, que la justice fasse son travail. A Matignon, on assume l’âpreté de la riposte : ‘C’est le président qui est attaqué, il faut faire bloc’... une réaction un peu grégaire... les leaders de la majorité parlent de ‘rapport de force’, de ‘ne plus se laisser marcher sur les pieds’, bref de politique là où il devrait juste s’agir de  droit. 

En quoi le Sénat a-t-il agi, comme vous dites, en ‘nouveau monde’ ?

Et bien Philippe Bas, LR, très allant pour que le parlement enquête sur cette affaire, a été pendant des années collaborateur de Jacques Chirac à l’Elysée. Il était alors tout à fait raccord avec la vieille doctrine selon laquelle le parlement ne devait pas mettre son nez dans les affaires du chef de l’Etat. Il a changé d’avis maintenant qu’il est dans l’opposition. Ne soyons pas dupes de son opportunisme politique, exactement comme les socialistes qui, à l’époque du président Mitterrand et de son bon plaisir avec les moyens de la présidence, n’auraient jamais laissé un vulgaire parlementaire s’y intéresser. Députés et sénateurs découvrent enfin leur rôle de contrôleur de l’exécutif. Tant mieux. Alors c’est vrai que la constitution dit que le parlement contrôle l’action du gouvernement... elle ne dit pas ‘de l’exécutif’. Donc pas de l’Elysée. Parce que le président est élu directement par les Français. Il y aurait conflit de légitimité. La lecture ‘ancien monde’ de cette règle vient de la période gaullienne quand, pour combattre l’OAS, l’Elysée avait une action opaque. Ça s’est prolongé beaucoup trop longtemps et l’Elysée intouchable a contribué, pendant des décennies, à la dérive monarchienne de la présidence. Une conception plus démocratique du contrôle parlementaire doit toujours épargner le président, protégé dans sa fonction bien sûr, mais certainement pas ses services et encore moins sa sécurité, qui doit être le fait des ministères de l’Intérieur et de la Défense (donc du gouvernement). C’est étonnant comme sur cette affaire la majorité réagit toujours soit avec un temps de retard, soit à côté de la plaque, c’est-à-dire juridique quand ce doit être politique ou inversement. Comme aujourd’hui.

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