Ce que répètent en boucle les responsables de la majorité en ce moment, c’est : « la justice doit suivre son cours » et « rien ne doit être caché à la justice », mais ces déclarations sont en contradiction avec ce qui se passe réellement. L’exécutif agit dans un sens et communique dans l’autre. S’il peut paraître étrange que les attentats de Karachi de 2002 qui ont fait 15 morts, puissent avoir un rapport avec la décision de Jacques Chirac de faire arrêter le versement de commissions en 95, l’hypothèse est tout de même envisagée par un juge! Les commissions en question auraient pu donner lieu à des rétro-commissions qui auraient abouti dans les caisses noires du financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. Tout ça est plus ou moins plausible mais loin d’être établi et c’est pour ça que toute la lumière doit être faite ; les comptes de campagnes d’Edouard Balladur ont été validés par le Conseil Constitutionnel de l’époque contre l’avis des rapporteurs de la commission des comptes qui s’interrogeaient sur la provenance de grosses sommes en liquide. Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, ici même, a dit qu’il refusait de rendre publiques les délibérés des sages sur le sujet. Il nous avait précisé que ces délibérés, de part la loi, étaient secrets pendant 25 ans. Il se trouve que, de part la loi aussi, le secret peut être levé sur demande du gouvernement. Il faut donc que le gouvernement le demande au lieu de répéter sans cesse que toute la lumière soit faite tout en dévissant toutes les ampoules de la justice. En quoi la justice ne serait-elle pas en mesure d’enquêter sur cette affaire ?Tout simplement parce qu’il y a deux informations judicaires ouvertes : l’une sur l’attentat lui-même, instruite par le juge antiterroriste Marc Trévidic, une autre instruite par le juge Renaud Van Ruymbeke à la suite d’un plainte déposée par les familles de victimes. C’est bien sûr le parquet, placé sous l'autorité du ministre de la justice qui a requis l'ouverture de cette information judiciaire, mais c’est aussi le parquet, donc le pouvoir exécutif qui veut limiter le champ de l’enquête et en exclure les aspects financiers qui touchent aux éventuelles rétro-commissions évoquées par l’ancien ministre de la défense, Charles Millon. La chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris doit dire bientôt si Van Ruymbeke peut s’intéresser à l’aspect financier de l’affaire ou non…. « La justice suit son cours disent-ils »... « Tous les document doivent être communiqués » dit même le Président. Pour que ce soit vrai, il faudrait aussi, par exemple que le président de l’Asssemblée nationale ait le courage de donner au juge Trévidic ce qu’il demande, c'est-à-dire le rapport complet de la mission d’information parlementaire sur le sujet ! Le juge Van Ruymbeke devrait aussi pouvoir (toujours pour que la justice suive son cours) avoir connaissance des conclusions de l’enquête que la DGSE a mené sur place. On les lui refuse. Sans l’ouverture de tous ces tiroirs et de quelques autres, on ne devrait tout simplement plus accepter cette phrase, comble de l’hypocrisie : "Laissons la justice faire son travail"... Libération cite ce matin un témoin très intéressant. De son propos se dégage qu’on ne peut pas du tout affirmer que Nicolas Sarkozy était au courant de l’existence de rétro-commissions, mais qu’il est fort probable que ces rétro-commission aient existées. La seule façon pour le président d’empêcher Dominique de Villepin de continuer d’insinuer le pire, ce n’est pas simplement de laisser faire la justice mais bien de l’aider en lui ouvrant tous les tiroirs de la vérité. Pour l’instant ce n’est pas le cas. Ce qui, logiquement nourrit la suspicion.

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