Le meurtre de la jeunes Agnès et le risque de la politisation.

Ce terrible fait-divers provoque des interrogations parce qu’il est peut-être le résultat de certains dysfonctionnements ; si ce n’est pas le cas, si toutes les règles ont été respectées alors il faut modifier les règles pour que cela ne se reproduise plus ! Voilà le ton général et bien compréhensible des réactions post-traumatiques. « Plus jamais ça », en quelque sorte. Et c’est là que nous atteignons, de façon subreptice, la récupération. Parce qu’il est bien sûr rigoureusement impossible de garantir un « plus jamais ça ». Bien sûr, il est toujours possible d’améliorer les règles et les procédures pour restreindre la possibilité du crime, par exemple, dans ce cas là, de se poser la question du secret partagé mais quand on prend ces décisions à chaud, sous le coup du choc, on verse dans un excès de contrôle et de répression et on risque d’étouffer la possibilité de réinsertion. Quand le Premier ministre fait une réunion interministérielle d’urgence, quand le ministre de l’Intérieur se rend au 20 heures de TF1, pendant que le ministre de la justice va sur le plateau du JT de France 2 pour faire des annonces, dans le cadre d’un fait-divers, aussi frappant et sordide soit-il, ça leste le drame d’un poids politique qui oblige tous les responsables. Tout le monde est sommé d’approuver la batterie de mesures envisagées sous peine de se voir accusé de pencher du côté des criminels. La nuance et la retenue n’ont pas lieu d’être, dans ces moments-là.

Et effectivement, le gouvernement a pris une série de mesures décidées rapidement, et annoncées hier soir…

Oui, c’est devenu un classique. Cette fois-ci (re-présidentialisation oblige) ce n’est plus le Président en personne qui prend les choses en main, la ficelle serait trop grosse…c’est le gouvernement ! Tant pis si, quelques semaines plus tard, tout ce qui est annoncé est abandonné (c’est à peu près à chaque fois le cas). Tant pis si les solutions de « bon sens et fermeté » sont souvent inapplicables ou juridiquement contreproductives. Claude Guéant a même parlé de l’obligation qui serait faite à la justice des mineurs de raccourcir les délais, sans évoquer la question des moyens… Rappelons qu’on en est déjà à cinq lois en sept ans sur la récidive. La loi est devenue, en matière de sécurité, un objet de communication. Cinq lois en sept ans, ça veut tout simplement dire que la récidive n’est pas réductible à néant… qu’il ne s’agit plus de droit, de laxisme ou d’incompétence mais simplement de la nature humaine. C’est à la justice, au système éducatif de sans cesse se remettre en question pour minimiser le risque de récidive… Le législateur devrait, lui, être beaucoup plus discret et précautionneux devant la Loi. L’affaire est, de plus, officiellement, devenue un sujet de la campagne présidentielle puisqu’au passage, hier soir, le ministre de l’Intérieur a dit qu’il ferait des propositions pour le prochain mandat du Président, sur la justice des mineurs. Mais attention, on ne refait pas le coup de Papy Voise indéfiniment. Politiser la récidive, c’est aussi, pour le Président, prendre le risque de souligner son propre bilan…celui, encore une fois de cinq lois en sept ans.

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