Qu’est-ce que la droite Fillon ? Comment la définir ?

Depuis hier, François Fillon est affublé du qualificatif « conservateur ». Un mot très négatif en France… (la droite avait réussi, ces dernier temps, à accoler ce mot à la gauche sur les questions économiques et sociales). Mais en se faisant ainsi étiqueté, et donc fustigé, moqué de toutes parts, François Fillon va pouvoir entonner l’air très efficace du martyr antisystème ! En réalité, à bien y regarder, l’adjectif qui vient à l’esprit quand on écoute ses discours et que l’on arpente ses meetings, c’est plutôt « classique ». Fillon, c’est la droite classique, à la fois provinciale et bourgeoise, la droite catholique traditionnelle sans être traditionaliste. Une droite enracinée, patrimoniale et familiale, avec de fortes convictions mais qui préfère qu’elles soient (ces convictions) affirmées avec gravité et autorité plutôt que brailler de façon provocatrice, comme pouvait le faire Nicolas Sarkozy. Cette droite est solidement implantée dans les villes moyennes et dans les quartiers aisés des grandes villes. Quand l’économie va bien, elle sait se montrer relativement libérale sur les questions de société et élire Valéry Giscard d’Estaing. Quand l’économie vacille, elle opère une forme de repli et regrette ses concessions à la modernité. François Fillon, l’homme affable, a su intégrer juste ce qu’il fallait de contestation antisystème, anti-médiatique, anti-germanopratin (un comble pour le député d’une partie du faubourg Saint Germain). Sur les sujets de société, il promeut non pas un retour en arrière (sauf peut-être en matière d’éducation) mais plutôt la volonté de la droite de faire une pause dans la marche de la modernité sociétale.

On est assez loin de la droite populaire qui devait, comme avec Trump, le Brexit et sans doute l’Autriche, tout emporter sur son passage.

Oui, mais cette primaire (et c’est la grande erreur de Nicolas Sarkozy) n’était pas le lieu de l’expression de la droite contestataire et populaire. Est-ce que cette droite-là, pour le coup, violement anti-système existe en France ? Si oui, elle ne s’exprime pas massivement dans une primaire qui oppose des gouvernants habituels, elle se retrouvera sous les couleurs du FN en avril prochain. Le ton du discours de François Fillon sur les sujets de société (le ton plus que la réalité de son programme d’ailleurs) classique-conservateur, donc, va obliger Marine Le Pen à réorganiser sa stratégie antisystème. La dénonciation de l’UMPS va perdre de sa pertinence. Mais (toujours si François Fillon gagne la primaire), c’est pour la gauche que des perspectives inattendues peuvent s’ouvrir. En effet, la droite, ces dernières années, sous la bannière sarkozyste, avait réussi à être perçue comme le parti du mouvement. La droitisation sarkozienne n’était pas vue comme conservatrice, ni classique. Et c’est la gauche qui voulait préserver le modèle social, qui se voyait affublée du sceau du conservatisme. En reprenant le flambeau du classicisme et du conservatisme, François Fillon peut permettre à la gauche de retrouver son rôle historique de défricheur d’avenir. C’est une nouvelle perspective inattendue que la gauche aurait tort de ne pas exploiter au plus vite.

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