Les sénateurs ont adopté la loi sur le logement présentée par la ministre du Logement et de la ville, Christine Boutin. En revanche, ils ont refusé l'article qui vise à réformer l'obligation pour chaque commune d'atteindre 20% de logements sociaux. Au moment où l'on redécouvre les vertus de la régulation en matière financière, c'est-à-dire dans un domaine propice à la spéculation, il serait étonnant de vouloir déréguler dans un autre domaine dans lequel la spéculation peut aboutir à des ravages sociaux. Nicolas Sarkozy avait appelé à l'émergence d'une France des propriétaires - c'était le terme qu'il avait utilisé. Il s'agissait d'élargir les possibilités de l'accession sociale à la propriété et de mettre en place le droit opposable au logement. Le projet de madame Boutin prévoyait que les municipalités pourraient déduire la part de l'accès social à la propriété des 20% de logements sociaux obligatoires. En gros, ça revenait à dire que ce taux n'était plus un objectif prioritaire à atteindre pour les communes. Ce taux de 20% de logements sociaux était jugé trop contraignant par certains élus , et c'est bien pour ça -peut-être un souvenir de maire de Neuilly et ses 2,6% de logements sociaux- c'est bien pour ça que Nicolas Sarkozy voulait assouplir ce qui était considéré comme une intrusion de l'Etat sur la gestion municipale. Pourtant, la loi des 20%, dite SRU, n'est pas si contraignante. Elle donne aux communes de plus de 3500 habitants, 20 ans pour se conformer à l'injonction, PLF compris, c'est-à-dire en comptant les logements intermédiaires. Bien sûr, elle inflige des pénalités financières aux municipalités qui ne prennent pas le chemin des 20% mais bien des villes préfèrent payer. Etienne Pinte, l'ancien Maire UMP de Versailles, a rendu le rapport que le gouvernement lui avait demandé sur le logement. Il en ressort qu'il faut -selon lui- renforcer la loi SRU ! Etienne Pinte qui fut maire de l'une des villes les plus bourgeoises de France, est considéré comme un élu exemplaire puisqu'aujourd'hui, Versailles en est à plus 17% de logements sociaux (château compris) - ce qui prouve que c'est faisable, même là où le foncier est cher ! Etienne Pinte préconisait même dans son rapport que le préfet se substitue au maire, si celui ci refuse de se conformer à la loi SRU. Christine Boutin a choisi de ne pas suivre cet avis pour être fidèle à la volonté du Président. Mais la crise a rendu cette partie du projet de loi particulièrement anachronique puisque les chantiers privés sont en berne ! Les parlementaires, dont nombres d'UMP, l'ont vu plus vite que le gouvernement, les sénateurs, plus vif que le gouvernement vous-vous rendez-compte ! C'est à signaler ici où l'on ne se prive pas de se moquer d'habitude de l'inertie ventrue du Sénat. Cette question du logement renvoie à l'un des thèmes importants de la campagne de 2007 : la mixité sociale. De gauche à droite, on entend que ça. C'est en cassant les ghettos, en mélangeant les classes sociales, en brassant les populations, que l'on règlera une bonne partie des problèmes de sécurité et d'éducation et de transport. Ce discours est d'une banalité affligeante, mais ce n'est malheureusement pas une banalité de le faire ! Il faudrait que les élus qui tentent de préserver égoïstement le standing propret de leur ville se penchent sur le classement établi par la fondation de l'abbé Pierre. Il en ressort que Neuilly-sur-Seine, Toulon, Nice sont les mauvais élèves de la loi SRU. Hormis toutes les villes populaires qui sont contraintes d'absorber parfois 60% de logements sociaux, il y a celles qui partent de loin et qui progressent vite : Versailles et ses 17 % de logements sociaux, Annecy, Dijon, Montauban... et ce ne sont pourtant pas des villes considérées comme d'horribles cités à problèmes.

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