Oui, et pour l’instant, finalement, l’exécutif a plutôt de quoi être relativement rassuré, le pouvoir s’en sort bien parce que la jeunesse d’aujourd’hui, précarisée, la jeunesse à qui les générations précédentes laissent une société endettée et une planète usée aurait de quoi se révolter. En réalité la mobilisation n’est pas là mais le feu couve et la colère est réelle... Les profs, les éducateurs, les jeunes eux-même le disent. Ce sont les élus de banlieues et principalement ceux de Seine-Saint-Denis qui sont inquiets. Ils multiplient les alertes envers le gouvernement. Et en cette fin de semaine, en cette veille de vacances scolaire, on peut dire que la jeunesse n’a pas vraiment pris le relais dans le mouvement. Le gouvernement avait commencé, comme tous les gouvernements de droite, à parler de « manipulation » et à infantiliser la jeunesse. Il s’est vite repris et le mot « manipulation » a été explicitement interdit du vocabulaire gouvernemental… mais l’inquiétude est encore là. Car nous sommes en France ! Nos confrères journalistes étrangers ont toujours du mal à comprendre que le président le plus puissant d’Europe craigne plus les quelques leaders lycéens inexpérimentés que les dockers, ou les camionneurs aguerris au combat syndical. Et c’est vrai que le sourire grave et les quarante kilos du frèle Victor Colombani sont plus déroutants, plus mystérieux et au total plus impressionnants que la moustache prolétaire mais rassurante du patron des cheminots CGT Didier Lereste... Chez nous les jeunes sont toujours l’âme de la contestation, du gavroche des Misérables au poulbot de Delacroix de 1830 à Cohn-Bendit en 68 et sa bouille joufflue et moqueuse… Il y a en France une légende nationale d’insoumission de la jeunesse qui, du coup la marque au fer rouge, cette jeunesse, de l’incapacité à gouverner ou à diriger. Nos dirigeants sont moins jeunes qu’ailleurs...Oui, en politique et dans les entreprises, on considère toujours que les jeunes n’ont pas l’expérience suffisante. Rendez vous compte, on est en train de se demander si François Baroin, 45 ans (donc déjà vieux) est assez expérimenté pour être nommé à Matignon alors que Barack Obama, Bill Clinton, Tony Blair, David Cameron avaient à peu près le même âge quand ils ont été élus à la tête de leur pays. Manuel Valls, 46 ans, l’âge d’Obama, est considéré dans son parti comme un jeunot prétentieux qui a l’outrecuidance de se présenter aux primaires! Zapatero, au même âge est au pouvoir en Espagne depuis 6 ans. Evidement, ce serait idiot de prétendre que seuls de jeunes responsables pourraient représenter la jeunesse mais, qu’un homme politique de 45 ans soit toujours pris pour un gamin, renvoie à la figure de ceux qui ont vingt ans, leur condition de mioche. Donc si vous avez 20 ans, vous êtes un irresponsable ou bien une icône touchante de l’insouciance juvénile. La gauche vous regarde manifester avec un attendrissement teinté de nostalgie. La droite vous surveille comme le lait sur le feu parce qu’elle s’est toujours plantée avec vous et qu’elle est largement élue par les retraités. Si par malheur vous êtes jeunes mais en plus issu des quartiers que l’on dit difficiles pour éviter de dire pauvres... alors là ce n’est plus la crainte que vous suscitez en haut-lieu mais la panique. Ce constat sur le hiatus entre la société française et sa jeunesse est aussi vieux et répété que les manifestations et les révolutions. Et on ne sait toujours pas y remédier alors généralement on s’en sort en citant cette phrase de François Mitterrand prononcée le 8 mai 1968 « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnait et qui la frappe, a toujours tort ».

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