Ce matin, vous vous interrogez sur le cas Henri Guaino, qui sera notre invité à 8H20.

Oui, Henri Guaino est une personnalité étonnante, attachante et déconcertante ! Dans son livre qui retrace son travail à l’Elysée, il nous explique que Nicolas Sarkozy n’a pas du tout été ce que nous avons vu ! La plume de l’ancien président réécrit l’histoire non pas avec un stylo ou un clavier mais au pistolet à peinture rose ! Il fait œuvre d’embellissement général. Le livre contient un long dialogue, souvent émouvant avec son ancien instituteur. Dans ce dialogue, Guaino veut convaincre celui à qui il doit son amour de la République que sa trajectoire politique est cohérente. Lui qui ne rêve que du dépassement gaullien de la frontière gauche/droite, n’a pas vu les tactiques « clivantes » du Président. Lui qui ne jure que par le volontarisme, est persuadé que Nicolas Sarkozy (qui a quand même abandonné jusqu’au bouclier fiscal, cœur de sa politique économique) n’a jamais reculé. Henri Guaino semble vouloir se convaincre lui-même… à toute force ! Ce dialogue avec le vieil instituteur, bienveillant et circonspect devant le style et l’action du Président, ressemble en fait à un dialogue intérieur… entre Henri, le républicain, souverainiste, gaulliste social et Guaino la plume d’un président qui fait à peu près l’inverse de ce que Henri dit et pense depuis des décennies !

Mais comment peut-il y avoir à ce point une telle distorsion entre l’impression d’Henri Guaino et l’impression générale ?

Henri Guaino est un intellectuel, cultivé et passionné d’Histoire qui manie à la perfection la rhétorique républicaine et gaullienne. Mais c’est un peu comme si ces cinq dernières années, il avait cru écrire pour Edith Piaf alors qu’en fait c’était Lorie qui chantait. Et Lorie chantant du Piaf, ça change un peu le sens et le poids des mots. Surtout qu’elle a tendance à improviser entre les couplets ! Vous imaginez Lorie rajoutant quelques mots de sa sauce à « la vie en rose »… Le pire c’est quand l’interprète demandait à un autre compositeur de relire les textes de Guaino. Et quand cet autre compositeur s’appelait Patrick Buisson. Voilà ce que ça donne pendant le débat sur l’identité nationale : Guaino pensait « identité de la France » et Fernand Braudel, alors que Buisson pensait « identité française », façon discours de Grenoble, qui distingue « Français de souche » et « Français de fraîche date ». Nicolas Sarkozy mélangeait allégrement ces deux visions antagonistes de la Nation… et ce faisant, donnait l’impression de favoriser la seconde, le plus transgressive, la plus « clivante ». Ainsi, entre les deux tours, Henri Guaino avait écrit un discours sur le thème des frontières pour Nicolas Sarkozy. Il n’y voyait aucune droitisation puisque pour lui, les frontières, à l’instar de ce qu’écrivait Régis Debray, sont une protection, le pas d’une porte accueillante, la délimitation pacifique du territoire d’une république sûre de ses valeurs humanistes. Mais Nicolas Sarkozy lut ce discours sur un air composé par Patrick Buisson. Et la frontière est devenue un panneau avec inscrit « halte » en arabe dans le clip de campagne, un mur dressé contre les invasions barbares qui viendraient dénaturer la France des cathédrales. Le titre du livre d’Henri Guaino c’est : La nuit et le jour …le sous-titre aurait dû être : mon rêve et la réalité !

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