Après la décision des communistes parisiens de s’allier avec Anne Hidalgo pour les municipales, l’existence même du Front de Gauche est en cause…

Oui, Jean-Luc Mélenchon s’est dit, dimanche sur cette antenne, « personnellement et odieusement trahi »… la sévérité et l’outrance de cette réaction est sans doute à mettre sur le compte d’une vie politique où l’on ne retient plus ses mots, où d’élections internes à l’UMP aux primaires socialistes marseillaises, les vannes du ressentiment et de la haine semblent ouvertes, sans pudeur, même dans son propre camp. Pourquoi ce choix des communistes parisiens est-il vécu par Mélenchon comme un affront personnel, une trahison ? Le PC, qui ne pèse pas grand-chose dans la capitale et qui gère la ville avec Bertrand Delanoë depuis 12 ans, s’allie avec les socialistes. Le PC augmente même son influence en obtenant 13 conseillers de Paris en cas de victoire. Cette position a sa logique. La logique que proposait Jean-Luc Mélenchon avait aussi sa pertinence : comment s’allier avec le PS localement alors que l’on le critique radicalement au niveau national ? L’affront personnel que ressent Mélenchon vient peut-être du fait que les communistes ne sont pas toujours très à l’aise avec le ton « grosse Berta » de l’ancien candidat à la présidentielle… Enfin, il y a entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent une différence d’approche stratégique. Le PC, parti municipal et qui entend le rester, ne peut pas se permettre un affrontement général avec les socialistes.

Mélenchon, lui, est dans une démarche d’opposition totale !

Oui, tels les curés défroqués qui deviennent les pires des anticléricaux Jean-Luc Mélenchon est absolument sans concession pour ses anciens camarades socialistes et le Président traité ce week-end de « personnage pitoyable » ! Les deux approches, celles du PC de Pierre Laurent et celle du PG de Jean-Luc Mélenchon, sont donc politiques, stratégiques… mais ce sont aussi deux façons de faire de la politique qui deviennent de plus en plus inconciliables. La première –celle du PC- plus classique, respecte les canons des relations entre partenaires, respecte les procédures et les disciplines traditionnelles, respecte les codes du discours, les dosages des positions, et sait ménager des zones de négociations. La seconde -celle du parti de gauche- est basée sur l’activisme éructant de son chef, sur une opposition agressive, qui se défit des règles internes à la gauche. Il ne s’agit pas simplement du ton qu’utilise Mélenchon mais aussi, par exemple, de son refus de prendre une position claire en faveur du Front Républicain à Brignoles. Mélenchon pense que face à Marine Le Pen, il faut l’ouvrir, il faut parler peuple, gueuler peuple ! L’électorat populaire est en colère et s’il se tourne vers Marine Le Pen c’est par ce que le vote Le Pen est perçu comme un coup porté aux « élites », aux médias, à l’appareil ! Pour concurrencer le FN il faut donc s’en prendre aux « élites », aux médias et à l’appareil. Une partie de la gauche (Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Samia Ghali, dans un autre genre) toute à son obsession de retrouver sa fonction première, c'est-à-dire représenter l’électorat populaire, adopte le ton de l’acrimonie permanente. Comme la droite, qui en fait des tonnes sur les thèmes identitaires et sécuritaires pour concurrencer le FN sur son terrain idéologique, Jean-Luc Mélenchon en fait des tonnes sur le terrain stylistique du FN. Pour l’instant, ce que l’on remarque, c’est que ces stratégies réussissent surtout au parti de Marine Le Pen !

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