Enfin une définition, 18 mois après l'élection "par effraction" d'Emmanuel Macron... Le "pragmatisme" ne suffit plus, il faut un idéal et une idéologie pour affronter les prochaines échéances électorales.

Et ce matin, Yael, de quoi Emmanuel Macron est-il le nom ? Enfin une première réponse… 

Oui, enfin, Ali ! Car ici même à ce micro, depuis 18 mois, Thomas Legrand tente de définir le macronisme… Est-il le « progressisme » qu’il prétend être ? 2634 épisodes plus tard, ça y est, on y est ! La République en Marche a passé son week-end, lors d'un colloque à Issy-les-Moulineaux, à se doter d’une doctrine… Un mode d’emploi idéologique en vue des batailles électorales difficiles qui s’annoncent. 

Alors, pourquoi ce mot « progressisme » ? Emmanuel Macron l’a choisi parce qu’il dépasse sa seule personne, son courant de pensée doit pouvoir lui survivre. Parce que cette notion surmonte le clivage droite / gauche - qui n’est pas pour le progrès ? -, et enfin, parce que c’est un mot tactique pour dramatiser le duel instauré avec les nationalistes. Ça c’est le progressisme nommé par Emmanuel Macron. 

Mais la notion a évolué au fil de l’Histoire ! Au 19e siècle, c’était la croyance inébranlable dans la science, qui ferait que demain serait meilleur qu’aujourd’hui. Au 20e siècle, le mot est devenu politique, notamment pendant la guerre froide. Les communistes se sont revendiqués "progressistes" contre l’impérialisme réactionnaire des USA. La gauche du « progrès » contre la droite de « l’ordre »… Ce clivage-là a vécu, et aujourd’hui, comme l’explique très bien le philosophe Gilles Finchelstein, le progrès est une notion en crise, les progressistes s’interrogent eux-mêmes sur le sens du progrès.

Soyons plus concret, Yael, La République en Marche peut-elle revendiquer ce monopole ? 

Ont-ils le monopole du cœur comme du progressisme ? C’est quand on regarde ce que chacun y met dedans que ça se complique sérieusement. Le progressisme n’appartient à personne. Robert Hue, tout le monde l’a oublié, a créé le MUP, en 2009, le mouvement unitaire des progressistes ! Entre Edouard Philippe et Robert Hue, il y a quand même un monde… Quel est ce progressisme revisité par En Marche ? Un libéralisme ou son alternative ? Ou un peu des deux ? Il y a ambiguïté. 

Ce problème de curseur est flagrant quand on regarde ce qui se passe au Parlement. Toute la semaine dernière, des députés En Marche ont rivalisé d’amendements pour mettre plus de social et d’égalité : que ce soit pour instaurer un crédit d’impôt pour l’accueil des réfugiés ou pour moduler la CSG des retraités en fonction des revenus… Qui sont les plus progressistes ? Les députés de la majorité qui proposent ou le gouvernement qui s’oppose ? 

Deuxième difficulté : elle est sociologique. Qui va porter la bonne parole progressiste ? Aujourd’hui, les adhérents et sympathisants En Marche sont un miroir déformé de la société française. Principalement des diplômés, urbains, bien payés, à majorité masculine… C’est un handicap pour convaincre. 

Enfin, et c’est directement lié, l’incarnation : pile au moment où le mouvement tente de se définir, on change les têtes, on fait un intérim et on lance une campagne de succession à Castaner, ce qui n’est vraiment pas idéal pour donner du souffle à ce progressisme. 

Mais cette introspection d’un week-end aura été utile, il s’est dit des choses à la tribune… Comme autant d’avertissements adressés à Emmanuel Macron… Le progressisme ne doit pas être « arrogant », « On ne réforme jamais tout seul même si on croit qu’on a raison ». Voilà ce qu’on a pu entendre. Pour être pleinement progressiste, Emmanuel Macron a donc encore des… progrès à faire.

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