Vendredi soir, le Président de la République a mis de l’ordre dans la cacophonie gouvernementale sur les bonus-malus écologiques. Mais ce matin, on n’en sait pas beaucoup plus sur l’avenir de ces taxes. Quand, vendredi, les ministres concernés sont ressortis de l’Elysée, on a surtout retenu que la taxe dite « pique-nique » et les bonus/malus écologiques étendus à toute une série de produits étaient, soit abandonnés, soit repoussés aux calanques grecques ! On se trompait en estimant que Nicolas Sarkozy désavouait son ministre de l’environnement sur le fond. Il lui a juste reproché une communication, disons échevelée. Les fuites incontrôlées, les annonces désordonnées donnaient l’impression que le gouvernement ne faisait que réfléchir à de nouvelles taxes. En réalité, Nicolas Sarkozy a tranché. Visiblement, il a eu un débat avec lui-même durant l’été sur la question de la fiscalité verte et il a tranché. Il est pour et, dit-on, il est déterminé. On en est là. Alors, on peut toujours se moquer –on ne s’en prive pas d’ailleurs- on peut toujours fustiger la cacophonie ; en réalité, il se déroule devant nos yeux et en direct un débat passionnant au sein même de la majorité. Un débat fondamental qui rappelle celui qui avait agité et déchiré les socialistes au pouvoir en 1983 sur la question de savoir s’il fallait ou non sortir du serpent monétaire européen. Il faut maintenant que le Président s’exprime fortement sur la question et qu’il précise l’ampleur et le calendrier des réformes qu’il compte impulser pour mettre en œuvre cette fameuse croissance verte. Il a choisi de le faire jeudi. D’ici là, on va assister, en coulisses, à une lutte d’influence acharnée entre ceux qui ont l’oreille du Président. Comment Nicolas Sarkozy en est-il arrivé à trancher en faveur d’une croissance verte ? C’est simple, les caisses sont vides. Le Président ne veut pas entendre parler d’une politique de rigueur. S’il y a des réformes structurelles à faire, il faut que les Français sachent quel est l’objectif. L’objectif ne peut pas être simplement de s’adapter à un capitalisme mondial qui apparaît aux yeux de tous comme plus sauvage que jamais. En revanche, le but -tout de même plus enthousiasmant- de répondre à l’urgence écologique avec notamment une fiscalité remodelée pour favoriser une croissance dite verte, peut être accepté et même soutenu par l’opinion, si il est compris. C’est du moins ce que pense Nicolas Sarkozy. Mais c’est vrai que pour l’instant, ça reste assez nébuleux. Et sa majorité n’en est pas convaincue. Loin de là, François Fillon et Christine Lagarde estiment que la fiscalité verte est coûteuse. Bernard Accoyer, le Président de l’Assemblée, n’y voit que la création de nouvelles taxes en contradiction avec les promesses de l’UMP. Et puis le sentiment de flottement ne vient pas que de Jean-Louis Borloo. C’est vrai que bien souvent, quand il s’exprime, on a un peu l’impression, à la fin de sa phrase, qu’il dit le contraire de ce qu’on avait compris au début. Mais la polyphonie du pouvoir vient aussi de l’entourage du Président. Alain Minc, par exemple, dit beaucoup en ce moment, avec l’air de celui qu’il faut écouter parce qu’il tire les ficelles - il dit que le Grenelle de l’environnement, c’est juste pour calmer les écologistes. Toute une partie de la majorité est en train de caricaturer les intentions de Jean-Louis Borloo pour les discréditer. Qualifier la taxe sur les produits polluants jetables de "taxe pique-nique" fait partie de la manœuvre. Mais si Nicolas Sarkozy persiste dans cette direction et si ce n’est pas uniquement un leurre, comme le laisse entendre Alain Minc, la logique voudrait qu’en janvier, quand la France n’aura plus à assumer la Présidence de l’Union Européenne, il nomme Jean-Louis Borloo à Matignon. Bon, il faudrait que Jean-Louis Borloo range un peu ses mots dans ses phrases. Quant au barde Alain Minc, il faudrait alors le bâillonner et le ligoter en haut d’un arbre de l’Elysée comme un vulgaire Assurancetourix ! Mais ce n’est pas gagné !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.