**Dans votre édito ce matin : l’élection municipale de dimanche dernier à Joigny, dans l’Yonne !?Oui, à priori c’est un événement politique local mais, en réalité ce qui s’est passé à Joigny est assez symptomatique. Bernard Moraine, directeur d’une radio associative, bon vivant et populaire, qui n’est encarté dans aucun parti et qui n’avait jamais vraiment fait de politique vient de remporter les élections au premier tour à la tête d’une liste divers gauche. Petit retour en arrière. Joigny est une ville conservatrice. A la dernière élection présidentielle Nicolas Sarkozy avait fait prés de 60%. Depuis des décennies le RPR, puis l’UMP régnait sur cette ville de 11.000 habitants en pleine Bourgogne plutôt cossue. Et puis, lors des élections municipales de l’année dernière, au second tour, les trois listes encore en lice ont réalisé un score de funambule, comme une pièce qui tomberait sur la tranche…31, 31, 31. Mais les deux listes UMP et divers droite étaient quand même distancée de 2 voix et 22 voix par la liste de Bernard Moraine. Donc grâce à 2 voix la gauche remportait l’élection et s’installait à la Mairie. Ce fut une surprise totale. Le nouveau maire avait accepté de conduire une liste parce qu’il fallait bien que le créneau de la gauche soit occupé. Et puis en juillet dernier, aux vues du très faible écart le Conseil d’Etat a invalidé l’élection. Donc la nouvelle élection a eu lieu dimanche et cette fois ci la pièce est retombée bien à plat…de 31% l’année dernière Bernard Moraine est passé cette fois au premier tour avec 65% ! Ce Bernard Moraine est très fort !!!!!!!Sans doute, ne lui enlevons pas ça mais il y a dans ces deux victoires des enseignements à tirer sur l’évolution d’une certaine gouvernance réclamée par la population. Deux victoires en 16 mois contre deux formes classiques et assez conventionnelles de la politique professionnelle. La première fois contre un notable installé et sortant, Philippe Auberger, polytechnicien, énarque, gaulliste et cumulard. Un homme avec les relais les plus puissants à Paris, membre du conseil de politique monétaire à la banque de France, ancien député et vice président du conseil général. Le parfait costard gris à Rosette intimidant et respectable. Un monument local. Deuxième victoire dimanche contre une jeune conseillère régionale UMP qui a fait une campagne avec un luxe de com’, de T-shirt, de slogans peaufinés. Une campagne de pro ! Le notable, puis la candidate new look, deux conceptions, classiques ou sensément modernes…contre…ben contre pas de conception du tout. Contre un groupe de citoyens élus d’abord presque par hasard. Pendant 16 mois Bernard Moraine était simplement maire à plein temps avec son indemnité d’un peu plus de 2000 euros par mois pour 60 heures par semaine. Tous les autres adjoints, sauf un retraité ont gardé leur emploi et travaillent pour la mairie 105 jours par an. Les 105 jours libérés exigés par la loi à l’employeur d’un adjoint. Ils touchent une indemnité de 890 euros comme des dizaines de milliers d’élus locaux à travers la France. Mais à Joigny aucun adjoint n’est, en même temps conseiller régional ou conseiller général. Chaque élu est disponible et a le temps de rencontrer la population de cette ville touchée par la crise et qui va perdre une installation militaire. Le résultat est là. Une ville qui vote à 60% pour un camp au niveau national vote à 65% pour l’autre camp au niveau local. La gouvernance modeste, la proximité, le non cumul…sont des valeurs qui reviennent en force. Joigny et Bernard Moraine sont l’illustration, au niveau local de ce que nous décrivions hier… « Le retour de l’aspiration à remettre l’homme au cœur de la politique » proclamé par tous les grands leaders de tous les grands partis. Ils devraient tous aller faire un tour à Joigny voire Bernard Moraine. Ça leur coutera moins cher que de commander des études d’opinion et de consulter des communicants branchés.**

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