Le plus significatif c’est que la question, cette question, info ou intox se pose. Que tout le monde la pose. Elle vient immanquablement à l’esprit à la seule vue du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux nous faire une déclaration dramatique sous la tour Eiffel, exactement là où une alerte à la bombe avait eue lieue quelques heures plutôt. Comme un lapsus, non pas linguae mais un lapsus de communication... Rendez-vous compte, prévenir l’opinion d’une menace terroriste sur les lieux d’une fausse alerte... On se demande quel est le conseiller du ministre de l’Intérieur qui a eu cette idée, au mieux absurde, au pire révélatrice. Alors info ou intox ? Par principe, on se doit de considérer, sans être dupe que le ministre dit vrai. Une sorte de principe de précaution obligatoire. Donc admettons, le ministre dit vrai ! Mais au fait, que dit-il ? Qu’il y a une menace terroriste forte, que nous sommes au niveau rouge dans le cadre de Vigipirate (ça ne devient pas rouge, ça le reste). Certains médias ont sorti cette info : une femme aurait été repérée se préparant à commettre un attentat-suicide ! Pourquoi cette information est-elle sortie ? Qu’est-ce que le grand public y peut ? Il n’est pas question de fouilles de sac dans les grands magasins ni de discipline particulière, réclamées dans les transports en commun comme ce fut le cas en 1995. Pourquoi ne pas nous en dire plus ou moins ? Doit-on faire quelque chose, exercer une vigilance particulière ? Non, rien, c’est juste pour dire. Et du coup l’hypothèse l’intox trouve des arguments... L’opposition le suggère aussi en demandant plus de précisions sur ces menaces au ministre de l’Intérieur et à l’Elysée. L’opposition ne peut pas ouvertement hurler à l’intox parce qu’elle n’en sait pas plus. Elle demande à être plus informée. Pourquoi pas par le biais des commissions de la défense ou des affaires étrangères du parlement? L’opposition ne peut pas non plus sur jouer le scandale de l’intox sous peine d’apparaître comme irresponsable et de manquer à la sacro-sainte union nationale devant la menace terroriste. Mais plus généralement le fait que cette interrogation, (info ou intox) dépassent largement le cercle des habituels « conspirationistes » qui voient la main de l’Etat manipulateur partout, est le signe d’une perte de confiance de la population envers les pouvoirs publics sur ces questions. Comme si trop d’années d’instrumentalisation du thème de l’insécurité commençaient sérieusement à lasser. De l’affaire de Tarnac qualifiée abusivement de terrorisme aux surenchères sécuritaires de l’été, il y a comme une atmosphère de suspicion en manipulation qui s’installe. On y croit plus, tout simplement. La peur, de toute façon est un instrument politique des plus pratiques et des plus courants. Peur sociale pour la gauche, peur sécuritaire pour la droite. La campagne pour la réélection de George Bush (pourtant impopulaire) en 2004 avait été de modèle du genre, jusqu’à la caricature. La peur du terrorisme était facile à actionner après le 11 septembre 2001 et dans cette société irriguée par l’info continue. Les chaines de télé toutes-infos alimentaient leur antenne avec les inévitables « experts en la matière » et autres consultants et militaires en retraite qui n’en disaient pas plus mais fournissaient le carburant de l’angoisse. Le rôle très particulier de la peur en politique a été très bien décrit dans un livre passionnant (et pas du tout d’inspiration « complotiste » paranoïaque). Nous en avons déjà parlé ici, il s’agit de "La peur, histoire d’une idée politique" Corey Robin, professeur de sciences politiques au Brooklyn collège à New-York. C’est chez Arman Colin.

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