Le départ de Florian Philippot du FN transforme le paysage politique…

Oui, une sorte d’effet papillon. Florian Philippot n’était pas uniquement le serial flingueur du FN, celui qui n’avait pas le temps de se démaquiller entre ses passages à la télé, c’était aussi le théoricien avisé qui avait déposé sur le plateau gauche de la balance du FN (…oui gauche… tout est relatif) le concept du social souverainisme. C’est aussi lui qui a laïcisé le discours du parti. Marine Le Pen, à l’inverse de son père et de sa nièce (adepte de la France fille-ainée-de-l’église), a accepté cette laïcisation, pour s’attaquer à l’immigration par le biais religieux plutôt qu’ethnique et pas par amour de Ferdinand Buisson ou Jules Ferry. Mais enfin, elle l’a accepté et ce fut une révolution culturelle pour son camp ! En républicanisant le discours du FN, en en faisant un pan important de la dé-diabolisation, Philippot a rendu ce parti plus acceptable pour les Français. Marine Le Pen semblait d’accord avec la ligne Philippot. Mais aujourd’hui son aura est atteinte. Elle n’a plus l’autorité suffisante après sa désastreuse prestation lors du débat de l’entre-deux tours.

Et donc, quelles peuvent être les répercussions de cet affaiblissement sur le paysage politique ?

Vous vous souvenez, le commentaire courant, selon lequel l’élection d’Emmanuel Macron –et pour peu qu’il échoue comme ses prédécesseurs- était la dernière étape avant l’élection de Marine Le Pen. Aujourd’hui, ce raisonnement devient hasardeux. Et puis à la droite de la droite, aux franges d’un FN qui se replierait sur un discours plus identitaire et xénophobe, se dégage un espace social souverainiste. Vous avez peut-être entendu mardi matin à ce micro Guillaume Pelletier jeune pousse montante de LR, tenir des propos voisins (à l’euro près) de ceux de Florian Philippot. Nicolas Dupont-Aignan (que Philippot a rencontré hier) n’est pas loin non plus. Le social souverainisme est un mouvement ancien qui prend ses racines dans le gaullisme, le chevènementisme… auquel sa forme actuelle ajoute une pincée d’autoritarisme et de nationalisme pour faire bonne mesure. L’avenir naturel de cette tendance de la droite est de finir enrôlée par un LR, dirigé par Laurent Wauquiez afin de constituer un grand mouvement de droite populaire. L’avenir plus probable est l’éparpillement, la balkanisation et l’impuissance. Mais le délitement du sommet du FN, l’éloignement de ses perspectives électorales nationales, peut aussi avoir pour effet de radicaliser le parti d’extrême droite et surtout de libérer certains de ses membres ou sympathisants dont la violence était bridée, contenue, encadrée par un parti puissant, en quête de respectabilité et de responsabilité. Sous la pression constante de Florian Philippot et de ses proches, les instances dirigeantes du FN traquaient sans relâche les extrémistes, nazillons et autres crânes vides et rasés. Quand un parti qui se trouve à l’une des extrémités de l’échiquier politique se délite, quand il n’a plus de quoi offrir de perspectives de victoires électorales à ses membres, le risque de la violence renait. Une radicalisation d’un FN sur lequel ses dirigeants n’auraient plus l’autorité canalisatrice…peut constituer une potentialité de violence politique d’extrême droite. Violence qui épargnait la France jusque-là.

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