Thomas Legrand revient sur la démission de Pierre Person, n°2 de LREM, et explique pourquoi, depuis de Gaulle, jamais aucun président n’a été aussi seul à décider de l’orientation politique, comme des détails de son application, qu'Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron, président de la république française
Emmanuel Macron, président de la république française © AFP / Charles Platiau

Le pouvoir personnel, c’était la critique formulée par les républicains parlementaristes contre de Gaulle. Mais depuis, chaque président, bien que bénéficiant de tous les attributs que leur confère la fonction, devaient quand même s’appuyer sur une majorité, sur une tradition, une lignée de droite ou socialiste par laquelle ils étaient, au moins politiquement, liés. 

Selon nos institutions, le chef de l’Etat est président de tous les Français. 

En vrai (surtout depuis le quinquennat), il était identifié à un camp, repère pour tout le monde autant que limite pour lui. Il y avait des positions qu’il ne pouvait pas prendre sous peine de trahir les siens et la cohérence d’une histoire de droite ou de gauche. Chacun de ses revirements était une entorse à son camp, à la chaîne dont il était le dernier maillon. Il le payait cash. 

Ils l’ont tous payé. Mitterrand et Chirac en perdant les législatives, Giscard, Sarkozy et Hollande en ne faisant qu’un mandat. 

Emmanuel Macron n’a aucune de ses contraintes. Il est, lui, du camp qui n’existe pas ! Et donc la politique qu’il mène est désormais (plus de deux ans après l’élection) le résultat de son bon vouloir. 

Depuis de Gaulle, jamais aucun président n’a été aussi seul à décider de l’orientation politique, comme des détails de son application.

A ce point ? 

Qui peut le contraindre ? Son parti est à la fois inexistant et ultra majoritaire. D’ordinaire, un parti majoritaire a patiemment implanté ses cadres sur le territoire, créé des liens avec le monde syndical et associatif, défini une vision de la société, un but que, peu ou prou, tout le monde identifie. Puis, après avoir convaincu une majorité de Français, il porte l’un des siens à l’Elysée. 

Emmanuel Macron (concours de circonstances, fatigue des offres traditionnelles) est arrivé à l’Elysée sans passer par toutes ces étapes. 

Mais ce qui n’a pas pu être fait avant n’a pas été fait après. LREM est, dès lors, une énorme baudruche évanescente qui flotte sans idée propre ni attache historique et territoriale. 

De quoi, de qui est-elle la continuatrice ? Emmanuel Macron ne se sent lié par aucune tradition puisqu’il prétend les embrasser toutes. Triangulation permanente, il va prononcer un hommage à Gisèle Halimi avec la ferveur qu’il aurait eu pour Philippe de Villiers. 

Au moment de son élection, au moins on pouvait se dire… voilà son camp : le centre. Ce n’est plus le cas. Ceux qui travaillent avec lui vous le disent : même nous ne savons pas, la veille, de quoi sera fait le lendemain sur tous les sujets. Aucune grille de lecture idéologique ne fonctionne. Ni son parti ni lui n’ont su (ou voulu) en construire une ! 

En ce moment, c’est très keynésien sur l’économie mais ça penche sacrément à droite sur le reste... mais demain ? Le numéro deux que personne ne connaissait d’un parti creux vient de démissionner. Ce serait une non-info si ce non-parti n’était pas au pouvoir ! 

Il l’est, donc la France est dirigée par un seul homme. 

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