L'édito politique de Françoise Fressoz, du journal Le Monde

La gauche, combien de divisions ?

Eh oui c'est l'image de la semaine : un président seul au milieu d'une gauche morcelée. François Hollande craignait une rentrée sociale agitée. Il a en prime une rentrée politique compliquée. Et le pire c'est que ce n'est pas la droite qui lui cherche des noises : l'UMP est aux abonnés absents, elle panse ses plaies. Elle a disparu des écrans radars. Du coup, la gauche a le champ libre et elle s'en donne à cœur joie. Depuis le début de la semaine, c'est un festival de pics et de polémiques qui soulignent la fragilité de l'attelage gouvernemental et l'atomisation de la majorité. Cécile Duflot se permet de recadrer publiquement son collègue Manuel Valls qui a osé une offensive solitaire sur les questions de sécurité et d''immigration.

Au même moment, des socialistes mettent publiquement en doute la politique de hausse d'impôts qui va se poursuivre encore dans le budget 2014. Thierry Mandon, le porte parole du PS à l'Assemblée nationale, s'inquiète pour le pouvoir d'achat des catégories les plus fragiles et va jusqu'à qualifier « d'erreur » oui « d'erreur » la suppression du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires qui avait été institué par la précédente majorité . Aie aie aie.

Et ce n'est pas tout. Chez les écologistes on souffle le chaud et le froid, on n'est pas prêt à claquer la porte du gouvernement mais on n'est pas disposé non plus à faire allégeance. «La question de notre sortie n'est plus tabou » menace Eva Joly, la candidate malheureuse à l'élection présidentielle, en soulignant que « le cap global n'est pas bon » . Bref, ça rale de tous les côtés alors que dans six mois aura lieu la bataille des municipales, le premier grand test électoral du quinquennat.

François Hollande a-t-il du souci à se faire ?

Il doit en tout cas se sentir très seul. Il a écourté ses vacances, mouillé sa chemise pour assurer que la croissance était de retour et que le chômage allait baisser. Il veut insuffler de l'optimisme, convaincre que sa ligne est la bonne, décrisper autant que possible la société pour faire passer en douceur la réforme des retraites et avant même l'épreuve il est rattrapé par les doutes et la cacophonie de la majorité.

En même temps il connait sa gauche : jamais elle ne se laissera caporaliser. Les débats qui l'agitent sont pour elle une façon de se prouver qu'elle existe dans toutes ses traditions et dans toute sa diversité. Du reste, ils ne sont pas nouveaux : la joute qui oppose Manuel Valls à Cécile Duflot et à Christiane Taubira sur la réforme de la procédure pénale est du même ordre que celle qui opposait naguère Jean Pierre Chevènement et Elisabeth Guigou, lorsque Lionel Jospin était premier ministre. D'un côté les sécuritaires, de l'autre les droit de l'hommistes, ça a toujours fonctionné comme ça au PS. L'indocilité des Verts n'est pas nouvelle non plus, elle a toujours existé, elle fait partie intégrante de leur stratégie qui consiste à verdir le socialisme autrement dit à arracher au PS davantage qu'un ou deux strapontins au gouvernement. François Hollande le sait. Il pense que le compromis se construit en marchant. Il siffle les sorties de route et pour le reste raccommode et ravaude.

Est- ce suffisant ?

Non, car la confiance est un élément clé de sa stratégie. Et tout ce qui a pour effet de la saper joue contre lui. Depuis le début du quinquennat, sa faiblesse est de n'avoir trouvé personne au PS ou au gouvernement qui ait l'autorité suffisante pour canaliser les débats. Certes, la coordination s'est renforcée à Matignon, il y a chaque lundi une réunion chez le premier ministre qui, de l'avis des participants, fonctionne bien mais elle n'empêche pas les échappée belles. A cet égard l'activisme de Manuel Valls durant l'été est un symptôme. Le ministre de l'intérieur est un homme à la fois populaire et ambitieux qui construit sa petite entreprise à partir de son rapport direct avec l'opinion. Il s'appuie sur une demande sécuritaire en forte expansion pour se poser en recours. Mais l'idée même du recours est une difficulté pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault parce qu'elle suppose l'échec de l'un ou l'autre à plus ou moins longue échéance. Et convenez que pour les deux hommes c'est une chose difficile à entendre.

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