Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal, droite contre gauche. Les Français ont donc choisi leur duel, massivement choisi même puisqu'hier, on a frôlé le record de participation sous la Vème République. Duel classique donc mais campagne qui repart à 0, pour chacun des deux candidats. Il y a ce qu'ils ont réussi, il y a ce qu'il leur reste à faire et ce qui leur reste à faire, c'est de convaincre la moitié de l'électorat plus une voix. Incontestablement, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont prouvé hier qu'ils étaient les meilleurs candidats de leur propre camp. Nicolas Sarkozy réalise le meilleur score d'un candidat de droite depuis 74 - en invoquant les mannes de Jaurès et de Blum ; tout en défendant l'identité nationale, à coup de "que ceux qui n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter", le candidat de l'UMP a choisi une stratégie risquée mais gagnante. Il a siphonné l'électorat populaire, et le vote d'extrême droite, sans perdre les voix dévolues traditionnellement à l'ex RPR. Sauf peut-être en Corrèze où lui manquent quelques suffrages chiraquiens, mais franchement, c'est anecdotique ! Ségolène Royal réussit le même pari dans son camp. D'abord elle efface par sa qualification l'échec de Lionel Jospin, reléguant le 21 avril au rang "d'accident de l'histoire". Raillée, brocardée, incomprise parfois jusque chez ses propres amis, la candidate socialiste frôle le score de François Mitterrand en 81. Elle a mobilisé sur son nom, notamment, les femmes, les jeunes et la banlieue. Alors maintenant, ce qui leur reste à faire. Et bien la moitié du chemin ! Tout simplement, et ce n'est pas la plus facile. Ségolène Royal part avec un handicap majeur. Un total des voix de gauche historiquement faible, 36% des voix, ça ne fait pas une majorité ça. Il va lui falloir créer une dynamique nouvelle, qui respecte ses électeurs d'hier, mais qui aille aussi chercher ceux qui sont à sa gauche et ceux qui sont partis chez François Bayrou. Sans pouvoir officiellement évidemment pactiser avec ce centre, avec qui elle a refusé publiquement toute idée d'alliance. Hier la candidate socialiste s'est posée en bâtisseuse d'une "France neuve". Elle a 15 jours pour donner du sens, de la chair à ce nouveau slogan, et ne pas s'en tenir au simple TSS, Tout Sauf Sarko. Car Nicolas Sarkozy lui, arithmétiquement et politiquement plutôt en situation de favori, va surtout devoir éviter le piège du référendum anti Sarko. Sa personnalité va devenir un enjeu de campagne, s'il la maîtrise et parvient à imposer son "nouveau rêve français", mélange de nouvelle frontière à la Kennedy et de nouvelle société à la Chaban, il peut l'emporter. Passionnant second tour, avec en arbitres les presque 7 millions d'électeurs de François Bayrou, ces 7 millions qui n'ont voulu ni de l'un ni de l'autre au premier tour, mais ont cru bon de faire turbuler le système en rejetant les réflexes de classe de la droite et les archaismes de la gauche. Sur qui finalement vont-ils s'arrêter le 6 mai ? Quelle personnalité va leur sembler la plus apte à incarner le changement malgré tout ? Il y a comme en 81, un vrai suspense, un vrai enjeu aussi. Un homme contre une femme, un projet de société contre un autre. Le débat pendant 15 jours, le débat entre les 2 candidats le 2 mai prochain, s'annoncent décidément comme le signe d'une vitalité retrouvée de la démocratie française.

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