L'édito politique par Françoise Degois. ____Eric Besson, le ministre de l’immigration, est aujourd’hui à Calais. Un déplacement hautement médiatisé, tellement médiatisé d'ailleurs, que le ministère l'a découpé en épisodes. Acte 1 : opération coup de poing. Mardi, 500 policiers interpellent près de 200 clandestins dans la « jungle », cette zone de sable située près du port de Calais où des centaines de migrants, installés sous des tentes de fortune, attendent leur passage vers l'Angleterre. But officiel de l'opération : démanteler les filières mafieuses de l'immigration clandestine. Acte 2 : toutes les personnes interpellées sont relâchées. Aucune d'elle ne sera poursuivie mais, nous assure-t-on du côté du ministère, des éléments fructueux ont été recueillis. Acte 3 : Visite aujourd'hui d'Eric Besson à Calais, où il devrait annoncer la fermeture de la jungle et des mesures humanitaires pour les 800 migrants. Feuilleton médiatique rondement mené, même le ministre s'en défend. Feuilleton dénoncé par bon nombre d'associations qui évoquent toutes une politique spectacle de l'immigration. Et les rapports se tendent, pas uniquement sur ce seul dossier avec Eric Besson, anciennement socialiste et ministre o combien zélé de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale. Les autres dossiers : La réforme de la procédure de naturalisation, présentée en début de semaine par Besson, désormais, sera décentralisée, vers les préfectures, alors qu'elle était jusqu'à présent centralisée à Rezé, près de Nantes. Officiellement, pour réduire les délais d'acquisition de la nationalité française. Mais on voit bien le piège possible d'une telle décentralisation. On voit bien la porte entrouverte à des décisions arbitraires, à la carte, en fonction des départements. Instruira-t-on les dossiers à l'identique à Toulon, Lille ou Bordeaux ? Faisons-nous un pas dans la différenciation? L'historien Patrick Weil, spécialiste de l'histoire de la nationalité, l'affirme. Il parle aujourd'hui d'un démantèlement de l’égalité républicaine et imagine, par exemple, des pressions exercées sur certains préfets, à la veille d'élections, pour qu'ils naturalisent un certains nombre de personnes afin qu'elles puissent aller voter. Là encore, malgré les protestations de nombreuses associations, d'intellectuels, et de l'opposition politique, la machine avance sans qu'aucun grain de sable ne semble pouvoir se glisser dans l'engrenage. Et ça n'a rien d'étonnant : l'immigration est majoritairement un sujet épouvantail en France. Cachez ces clandestins, ces sans-papiers, ces étrangers que l'on ne saurait voir. Réglez au mieux cette immigration que l'on ne veut plus voir. Et pour la régler, rien de tel qu'un ancien élu socialiste, brillant, prise le choix de l'ouverture, meilleure promotion du dernier remaniement. Incontestablement, Nicolas Sarkozy connait bien la nature humaine. Quel élément plus sûr qu'un transfuge ? Certains préfèreront l'appeler « le traître », placé dans l'obligation constante de faire ses preuves, de démontrer chaque jour un peu plus qu'on a eu raison de lui faire confiance. Lorsqu'il était dans l'opposition, Eric Besson avait coordonné, pour la campagne présidentielle de 2007, ce fameux livre noir du sarkozysme. Sur la politique de l'immigration, il écrivait à l'époque : « Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, enfile le costume de Le Pen et ne croit pas à l'intégration. » Quelques lignes plus loin : « Les associations de soutien aux étrangers s'inquiètent et dénoncent les effets dévastateurs de sa politique menée depuis 2003. » C'est donc le même Eric Besson, désormais ministre, qui se retrouve, jour après jour, face à la colère de ces mêmes associations. Quelles raisons auraient-elles de le croire ?

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