Quels sont les enseignements à tirer en vue du second tour ?

La logique politique et arithmétique est en faveur de François Hollande mais le score de Marine Le Pen est un élément perturbateur qui rend les projections un peu aléatoires…

Pour envisager le second tour, il faudrait bien comprendre les messages du premier. Quel est le poids de la crise qui a renversé tous les gouvernements soumis aux urnes ces dernières années ? Quel est le poids du rejet personnel que suscite Nicolas Sarkozy, ses décisions et sa façon de gouverner ? Quel aura été, enfin, le poids des stratégies et positionnements de chacun pendant la campagne du premier tour ? On ne peut, en réalité, juger à coup sûr que de ce dernier élément. Pour Nicolas Sarkozy la stratégie, dite buissonnienne, du nom de son inspirateur Patrick Buisson (conseiller occulte du Président) consistait à chasser Marine Le Pen de ses terres pour rééditer le coup de 2007. Pour cela, Nicolas Sarkozy avait donné une tonalité très droitière à sa campagne. Le résultat c’est qu’elle a, au pire, nourri le Front National, au mieux eu aucun effet. Cette stratégie était aussi une mauvaise lecture de ce que représente l’engouement pour Marine Le Pen. Un engouement qui reste éminemment protestataire et qui a progressé, ces dernières années, plus sur des thématiques sociales que sur des thématiques identitaires. En ciblant principalement l’aspect identitaire du vote FN, Nicolas Sarkozy et ses stratèges ont fait un contre-sens. De plus, président (qui incarne, de fait, le pouvoir) il ne pouvait pas porter sur son nom, cette fois-ci, contrairement à 2007, la moindre part de protestation.

Et la stratégie de François Hollande ?

Les chiffres du premier tour lui donnent raison. François Hollande a choisi avant tout un positionnement politique et il s’y tient. Ce positionnement est tout à fait identifié depuis longtemps : il est au centre gauche et propose, sans vraiment le dire, une sorte de rigueur qui se veut juste. C’était aussi le positionnement supposé de Dominique Strauss-Kahn. Quand celui-ci a disparu de la scène dans les conditions que l’on sait, c’est François Hollande qui a pris automatiquement sa place dans les cimes des sondages. Il s’est présenté à la primaire socialiste, c'est-à-dire dans un scrutin réservé aux seuls électeurs de gauche sur ce créneau (centre gauche) et il a gagné ! Il s’est présenté au premier tour de la présidentielle sans dévier de cet axe et il est en tête, avec un Jean-Luc Mélenchon plus faible qu’attendu. François Hollande n’a donc pas de pression sur sa gauche. Maintenant qu’il s’adresse à tous les électeurs il aurait tord de changer de positionnement. Le premier tour lui permet de poursuivre une stratégie gagnante et oblige Nicolas Sarkozy à continuer une stratégie hasardeuse. Le président doit maintenant draguer les voix du FN alors que son plan de bataille prévoyait que l’entre-deux-tours serait consacré au recentrage ! La partie est donc complexe pour Nicolas Sarkozy qui devra tenter d’échapper à cette obligation plombante pour lui en dépolitisant au maximum le duel. Le rapport de force politique lui est défavorable, il lui faut donc imposer un autre rapport de force, plus personnel et faire naître une interrogation dominante : « Qui voulez-vous pour affronter la crise et les périls ? » plutôt que « quelles forces politiques choisissez-vous ? » C’est une voie très étroite, une stratégie incertaine mais c’est sans doute la seule possible pour Nicolas Sarkozy.

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