des élus socialistes tentent de convaincre manuel valls d'adoucir son plan d'économies
des élus socialistes tentent de convaincre manuel valls d'adoucir son plan d'économies © reuters

Marc Fauvelle revient ce matin sur la fronde des députés socialistes au sujet des 50 milliards d'économies, et la rencontre organisée hier à Matignon avec Manuel Valls...

Avouez que ce n'était pas banal : d'un côté de la table, le Premier Ministre, flanqué de deux de ses conseillers, et des ministres en charge des économies. Et, face à lui, pas moins d'une dizaine de députés. Un vrai pack, façon rugby, venu des quatre coins du Parti Socialiste pour tordre le bras ou, en tout cas, le petit doigt, au Premier Ministre et lui arracher des mesures au profit des plus fragiles (ce qu’ils ont, semble-t-il, réussi à faire, au moins sur les petites retraites, qui devraient finalement être revalorisées). Cette image, il faut la comparer, la superposer, à une autre : il y a tout juste une semaine, quand Manuel Valls s’était exprimé à l’issue du Conseil des ministres, pour dévoiler son plan d’économie, seul au milieu de la scène, droit derrière son pupitre, entouré de quatre ministres relégués à des rôles de figuration. Le patron, c’était lui, fallait-il comprendre. Et les réfractaires du PS étaient priés d’acquiescer avec le doigt sur la couture du pantalon…

Entre ces deux images, six jours seulement ont passé ...

Mais elles en disent long sur ce que sera sans doute le mandat de Manuel Valls ; autoritaire et déterminé quand il faut vendre du sang et des larmes aux Français et beaucoup plus souple lorsqu'il s'agit d'entendre les desiderata de sa majorité encore écorchée vive par la claque des municipales. Une majorité « riquiqui », depuis que Les Verts ont claqué la porte du gouvernement, ce qui va contraindre Manuel Valls à négocier ou, du moins, à donner des gages à ses propres troupes.

Alors, ce n’est pas non plus le grand soir : les frondeurs n’ont grappillé que quelques milliards, tout au plus, mais ils ont au moins réussi à se faire entendre, à peser sur la décision finale.

Et dans cette affaire, tout a fonctionné à l'envers. Notre Constitution est ainsi faite, que les députés ont beau ronchonner, tiquer ou protester, en temps normal, ils sont toujours obligés de se coucher devant l'exécutif. C'est un grand classique de notre Cinquième République. Matignon décide et les députés s'exécutent. En temps normal, également, ce n'est pas aux députés eux-mêmes de passer leur week-end de Pâques à s'échanger des fichiers Excel sur leur ordinateur pour retricoter en partie le plan du gouvernement. Non, Bercy dispose de cerveaux très bien faits et d'une armée de fonctionnaires et d'ordinateurs pour ce genre de calculs dans lesquels la moindre virgule peut changer le quotidien de millions de Français. Enfin, en temps normal, on discute d'un plan avec sa majorité avant de l'annoncer, et pas après ! Cela évite ce sentiment de cafouillage continu.

Mais tout cela, pour reprendre un slogan publicitaire, « c'était avant… »

Avant le quinquennat Hollande, avant l'incroyable affaiblissement du pouvoir présidentiel. Aujourd'hui, les députés de la majorité ont compris qu'ils n'avaient plus le choix : soit ils coulent avec leur Président, soit ils se sauvent avec lui.

La fronde parlementaire va bien au-delà de l'aile gauche du PS. Ce qu'un député, pourtant fidèle a François Hollande résume ainsi : « Aujourd'hui, on est prêt à se faire hara-kiri pour ne pas avoir un pistolet sur la tempe jusqu'à la fin du quinquennat. » Finalement, tout le monde peut sortir par le haut de cette séquence : Manuel Valls, qui montre là qu'il est prêt à entendre ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, et les députés, qui se sont emparés du dossier et ont montré qu'ils ne se résignent plus a être des godillots à la solde du pouvoir.

A défaut d'avoir un « Hyper-président », la nature politique ayant horreur du vide, on a donc droit a des « Hyper-députés » !

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