Oui, en réalité, la liste des objectifs symboliques, que le terrorisme pourrait prendre comme cibles, est infinie. En janvier, c’était donc la presse et les juifs qui étaient visés… deux symboles évidents. Mettre en place une surveillance policière devant tous les médias nationaux, les écoles juives, les synagogues… Et puis les mosquées, pour parer à la montée des actes anti-musulmans …c’est déjà très lourd (il y a toujours, devant l’unique porte non condamnée de Radio France, deux policiers) Mais les églises ? Il y en a cent mille en France, dont quarante mille régulièrement fréquentées…. Sécuriser l’ensemble des lieux de culte est tout simplement impossible. D’autant que si l’on raisonne en termes de lieux symboliques et populaires, on peut y inclure les musées, l’ensemble des bâtiments scolaires, les bâtiments administratifs. C’est sans fin. Au-delà du symbole, il y a les transports et les lieux touristiques. L’énoncé de la liste des cibles potentielles prouve que la sécurisation classique, par des policiers postés, est rigoureusement illusoire. Nous ne faisons pas face à une vague d’attentats de quelques semaines comme la France a pu en connaître par le passé. La connexion entre des individualités en rupture et l’islamisme radical, phénomène mondial, rend le danger particulièrement diffus et insaisissable.

Quel peut être le message des autorités dans ce contexte-là ? Il faut bien rassurer la population !

Oui, la partie visible (policiers en faction, patrouilles dans les lieux publics) a pour but, d’abord, de convaincre la population que l’Etat est en alerte ! Mais sa justification opérationnelle est beaucoup plus discutable. Le gouvernement devrait pouvoir dire aux Français qu’il ne va pas, qu’il ne peut pas, fliquer toute la France. La consigne est déjà de dire et de répéter cette formule « il n’y a pas de risque zéro »… Mais au-delà d’un certain degré de menace, avec des individus prêts à se sacrifier pour commettre des attentats aussi

meurtriers que symboliques, la vraie menace est moins celle des bombes et des balles que celle du recroquevillement, de la dislocation des solidarités, de l’activation des méfiances identitaires… de la peur de l’autre ! Les djihadistes, ou plutôt leurs commanditaires, veulent avant tout porter des coups à la cohésion de notre société. C’est, pour le gouvernement, un équilibre très compliqué à trouver. L’opposition, qui pourrait être tentée par la surenchère sécuritaire, et la presse qui pourrait vouloir « spectaculariser » à outrance, ont aussi une grosse responsabilité ! Il faut pouvoir vivre le plus normalement du monde. Dans l’Esprit des Lois, Montesquieu définit ainsi ce que doit être l’action en faveur de la sécurité dans un régime de liberté politique. Il faut – dit-il - dans ces situations, « que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen ». Assurer le maximum de sécurité sans créer un état de méfiance généralisée, c’est toute la difficulté depuis le 7 janvier dernier.

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