La session parlementaire d’automne est maintenant terminée. Les députés et sénateurs ont été soumis à un rythme d’enfer. Les parlementaires n’ont pas pu faire correctement leur travail de législateur et de contrôleurs de l’action du gouvernement. Les projets qui se voulaient politiquement forts, emblématiques, qui devaient marquer la vie quotidienne des Français de façon concrète n’ont pas pu aboutir. Il s’agit bien sûr du travail du dimanche et de la fin de la pub dans l’audiovisuel public. Nicolas Sarkozy a, en fait, construit le piège législatif dans lequel les socialistes ont réussi à l’enfermer, par des manœuvres de procédures classiques et pas très fines. Tout est une question de tempo. Le Président veut maîtriser le tempo des débats qui secouent la société française. C’est ainsi que ses déclarations, ses annonces imposent un rythme au gré, parfois de l’actualité, un rythme rapide qui se calle sur celui des médias voraces à l’heure des chaines toutes infos et d’internet. Un débat chasse l’autre avant qu’il ne soit digéré. L’avantage politique de cette stratégie est évident : elle place le Président au centre de tout et asphyxie l’opposition. C’est une stratégie qui s’est montrée particulièrement efficace pendant la campagne et au début du quinquennat, mais elle a peut-être atteint sa limite, parce que les parlementaires ne peuvent pas suivre ! Le rythme médiatique emprunté par le Président n’est pas le rythme parlementaire. La transformation d’une idée en loi demande un minimum de temps, le temps du débat parlementaire ! Le temps politique est-il le temps du verbe ou celui de l’action ? Voilà une bonne idée de sujet de philo pour le bac, mais plus prosaïquement, s’il est vrai qu’il peut être salutaire que le Parlement soit parfois un peu bousculé, on est arrivé à un engorgement ! Certains députés UMP expliquaient qu’ils se sentaient plongés dans une essoreuse à projets par l’Elysée. Du coup, certaines priorités doivent laisser la place à des réformes politiquement plus symboliques : Le travail du dimanche ou la fin de la pub dans l’audiovisuel public ! Etait-ce plus urgent que la traduction législative du grenelle de l’environnement, que la réforme pénitentiaire ou le plan banlieue sans cesse repoussés ? Beaucoup de députés de la majorité en doutent. Dans ce contexte d’indigestion législative, le PS n’avait qu’à se livrer à un classique travail d’obstruction parlementaire en produisant des milliers d’amendements copiés-collés pour enrayer la machine. C’est le petit chocolat de trop après un repas de réveillon bien lourd ! D’ordinaire, ce type d’offensive gène la majorité mais ne la bloque pas. La démobilisation relative des parlementaires de l’UMP a permis à la manœuvre des socialistes de marcher. Les deux textes que le Président voulait voir adoptés avant la fin de l’année ne le seront pas. L’un est vidé de sa substance, l’autre n’est plus sûr de trouver une majorité au Sénat à la rentrée ! La prochaine session parlementaire ne s’annonce pas plus calme. Mécaniquement, le trop plein de l’automne se déversera au printemps. Comment les parlementaires vont-ils avoir le temps de digérer les lois découlant du Grenelle de l’environnement, la loi de programmation militaire, les réformes de l’hôpital, de la sécurité intérieure, la loi pénitentiaire, la réforme dite création et internet, sans compter, bien sûr, l’examen du premier, et peut-être du second plan de relance de l’économie ? Enfin, les lois organiques consécutives à la modification de la constitution avec la très polémique réforme de la limitation du droit d’amendement ! Les sessions sont trop courtes ! En réalité, il faudrait que le parlement siège en continue de septembre à juin, qu’il travaille aussi vraiment le lundi et le vendredi. Et l’on se dit que pour avoir un Parlement vraiment efficace, il aurait certainement aussi fallu suivre les recommandations de la commission Balladur sur la réforme des institutions, qui préconisaient le non cumul des mandats !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.