Pendant la guerre froide, il en existait des mots définitifs…

Des mots guillotine… Des mots infâmants qui devaient discréditer l’adversaire : fasciste, impérialiste, stalinien ! Des mots reliés à des idéologies identifiées, sortes de cartons-rouges sémantiques mais fondés sur des théories politiques ou des alignements sur telle ou telle puissance étrangère... Aujourd’hui, finie la guerre-froide, finies les idéologies mais les anathèmes subsistent sauf qu'ils sont souvent la transformation d’un mot POSITIF à l’origine… Prenons le discours de renonciation de François Hollande il y a 3 semaines… A l'entendre le plus grand danger serait le PROTECTIONNISME… Qui serait contre la PROTECTION ? Protection physique, protection sociale, protection sanitaire ? Personne… Mais avec ce petit suffixe « isme » l’envie de protection devient du PROTECTIONNISME, une sorte de rideau de fer douanier et fiscal, protection pourtant appliquée par les Etats-Unis…

Prenons la souveraineté… Qui veut abdiquer sa souveraineté ? Les droits souverains pour les individus, la souveraineté pour les Etats ? Personne ! Mais sous la plume d’Alain Duhamel le souverainisme devient une "pathologie française", comme le POPULISME devenu, à en croire le clairvoyant Alain Minc "plus que jamais la menace pour les pays occidentaux" … La France a eu son Front Populaire, un temps la droite s’est voulu l’Union pour un Mouvement Populaire (l’UMP) Populaire oui, mais populiste, surtout pas...

Mais il y aurait du bon dans le populisme ?

Pas du tout... Il ne s’agit pas là d’approuver les Trump Orban, Grillo ou Le Pen mais plutôt que de les ranger dans le même sac et sous un vocable opposé aussi à Jean-Luc Mélenchon et aux chavistes du Venezuela, pourquoi tuer le débat ? Pourquoi ne pas essayer de comprendre ces phénomènes et la séduction qu’ils peuvent exercer auprès des peuples ? Impossible quand un mot sclérose le débat... Pareil pour "l'européisme" dénoncé par Marine Le Pen, "l'égalitarisme" pointé par une partie de la droite, oubliées les belles idées d'Europe et d'Egalité... Et c’est la même chose avec « l’assistanat »... On est là dans un détournement sémantique, l’assistanat est à la base la situation d’assistant... Comme un assistant de plateau au cinéma… Mais le mot a été détourné, on passe d’assistant à assisté et même "sur-assisté" Plutôt que de parler "d’aide" ou "d’assistance" et d'identifier finement certains abus qui existent mais restent limités / "l’assistanat" est devenu chez certains comme Laurent Wauquier le terme générique englobant tout notre système d’aides sociales…

Et selon vous Frédéric, de quoi ces mots-valises seraient-ils les synonymes ?

D’une absence de pensée construite… Ou en tout cas d’une envie de ne pas organiser un débat argumenté… Twitter, l’information continue, le rétrécissement des formats médiatiques, le séquençage et la dictature des punchlines, nos femmes et hommes politiques en campagne quasi-permanente ont bien compris l’intérêt à parler de situations compliquées avec des mots simples à base de quelque-chose-ISME, de quelque-chose-PHOBIE ou d'ULTRA-quelque chose... A ne pas développer de pensée trop construite...

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