Longtemps en surplomb, le Président de la République entre de plain-pied dans la bataille des retraites. Avec l'espoir de retourner, enfin, l'opinion.

Emmanuel Macron à Abidjan en Côte d'Ivoire
Emmanuel Macron à Abidjan en Côte d'Ivoire © Getty / Ludovic MARIN / AFP

« Faites la trêve, pas la grève », c'est le message de Noël du Président…

Ou « Faites l’amour, pas la guerre », version réforme des retraites ! Emmanuel Macron délivre son message de paix sociale, chose rare, depuis l’étranger, c’était samedi soir, en Côte d’Ivoire. D’ordinaire, il n’aime pas ça, Emmanuel Macron, mélanger, la petite politique nationale avec les affaires étrangères. C’est donc que l’heure est grave. Qu’il y a encore des « Gaulois réfractaires » à la réforme, et qu’il est temps pour lui d’entrer dans la mêlée… Mais sans excès, avec moult précautions de langage, l’acte 2 est passé par là, et Emmanuel Macron refrène ses pulsions libérales : en substance, il dit aux grévistes, je vous respecte, vous avez le droit de vous opposer, mais soyez raisonnables, vous reprendrez la lutte, après les fêtes… En 2017, le Macron candidat critiquait les syndicats en disant d’eux qu’ils faisaient trop de politique. Aujourd’hui Président, il choisit la méthode douce pour tenter de les neutraliser.

Méthode douce… pour l’instant ?

Pour l’instant, car il y a dans les cartons du gouvernement un texte de loi, tout prêt, pour instaurer un vrai service minimum, et imposer des réquisitions aux agents SNCF (30% d’aiguilleurs notamment). Et nul doute que cette loi passerait comme une lettre à La Poste au Parlement. Mais ça, c’est seulement dans l’hypothèse où le conflit s’éterniserait.

C’est paradoxal : dans les faits, la trêve n’est pas respectée, mais personne ne s’affole au gouvernement ?

Non, parce qu’on est dans la guerre d’usure, et que l’opinion bouge. Les grévistes sont un peu moins populaires qu’il y a trois semaines, c’est le moment pour l’Elysée de leur refiler le mistigri des galères. Et puis bon courage pour tenir, financièrement, jusqu’au 9 janvier, c'est loin, et c'est la date choisie par la CGT pour la prochaine grande mobilisation. 

Emmanuel Macron profite de ce creux pour occuper la scène, dans le rôle du « good cop » : la SNCF voulait sacrifier son service Junior et compagnie ? Tollé général… Il prend son téléphone : on ne touche pas aux enfants. Les élus ne montrent pas l’exemple ? Emmanuel Macron fait savoir qu’il renonce à son propre régime spécial, la retraite à 5.000 euros nets des anciens présidents. L'opposition trouve ça démago... Mais cela éclipse la séquence Delevoye.  

Sauf que ces gestes n’ont aucun impact sur la base des syndicats ?

« Gilet-jaunisation » des mouvements sociaux… On est en plein dedans. Les centrales négocient, UNSA et CFDT appellent à la pause, mais leurs branches ferroviaires se rebiffent et reconduisent la grève. Même chez les réformistes, on se radicalise. 

Et loin des piquets de grève, dans les sondages, que disent les Français ? Grosso modo deux choses : 1/ Ils ont du mal avec cette réforme, mais 2/ Ils sont convaincus que le gouvernement ira au bout. 

Il y a donc un énorme brouillard à dissiper pour janvier : qui gagne, qui perd, combien de transitions spéciales et à quel prix pour le budget de l'Etat et donc nos impôts ? Quant à l’âge pivot... Une fois renégocié, quasiment sur mesure, sera-t-il encore lisible et compréhensible ? 

Alain Rey aurait pu faire cette chronique : « Trêve » est un mot dont l’étymologie renvoie à un cousinage germanique avec le mot allemand « Treu », fidélité, loyauté, confiance. Cette confiance dans la réforme aujourd’hui, seuls les retraités, les électeurs En Marche, et dans une moindre mesure, les sympathisants LR, l’accordent à Emmanuel Macron. C’est solide, mais trop peu pour embarquer le pays, après une fausse trêve de Noel.

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