L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. Faut-il vraiment regretter le Brexit ?

On en a un avant-goût, avec ces files de camions bloqués sur les routes de Douvres. Ces crustacés de Noel qui pourrissent dans les poids lourds. Frontière fermée. Conséquences, même pas du Brexit, non ! Mesures sanitaires : le Royaume-Uni à l’isolement, pour ne pas contaminer davantage le Vieux-Continent avec sa souche mutante…   

Et qu’est-ce que ce sera en cas de No Deal ! Les anti-Brexit rêvaient d’une campagne de pub ? Elle est servie sur un plateau. Mais pour en faire quoi politiquement ? Car cette affaire n’est neutre pour personne, ce retrait revient en boomerang sur nos PME et nos pêcheurs : côté pile, l’économie qui souffre. Côté face : un accélérateur d’identité. Laquelle ?

Emmanuel Macron l’esquisse dans l’interview fleuve qu’il donne à L’Express depuis son lock-down (pardon pour cet anglicisme !), depuis son confinement à La Lanterne. « Les Français, dit le Président, ont réaffirmé leur volonté farouche de prendre leur destin en main, de reprendre possession de leur existence, de leur Nation. » Tiens, tiens, on dirait du Boris Johnson dans le texte, quand il use et abuse de l’expression « Take back control ». Mais dans la bouche du Président, c’est aussitôt pour flatter un souverainisme à beaucoup plus grande échelle, « l’idéal » européen, « formidable outil de reprise de contrôle de notre destin », dit Macron. Encore ce "take back control"… 

Langage de Brexiteur, pour mieux arrimer à l'Europe le Gaulois réfractaire à l’Europe. Ou comment faire cohabiter Jean Monnet et Jean-Pierre Chevènement dans la même phrase, il fallait oser !

Encore du « en même temps », mais en quoi cela va changer le visage de 2021 ? 

Celui de 2020 a déjà changé ! Le Brexit, associé au coronavirus, immunise les 27 contre les rechutes nationalistes. Des réflexes de coordination sont pris. Dimanche matin, pour éviter l’anarchie sur la situation des frontières britanniques, Emmanuel Macron appelle en amont Angela Merkel et la Présidente de la commission européenne. Sur le deal / no deal, quand BoJo tente d’amadouer les uns et les autres en bilatéral, le bloc européen résiste derrière le négociateur en chef Michel Barnier.  

Pardon Yaël, mais l’Europe sanitaire a connu et connaît encore des ratés ! 

L’Europe du ski, l’Europe des bars, des aéroports, des attestations de sortie, est une Europe des Nations. Mais à l’Elysée, on mise sur l’Europe des vaccins pour faire basculer l’opinion. « L’Europe qui protège », slogan un peu vague en 2019, pourrait devenir concrète avec les premières piqûres coordonnées dès dimanche sur tout le continent. Et puis il y a la relance : à 27, elle aurait été impossible avec le veto britannique ! 

Dans les jours qui viennent, l’image comptera autant que les mots. Si les pêcheurs du Boulonnais restent désespérément à quai, quelle sera la réaction d’un Xavier Bertrand ou d’une Marine Le Pen, tous les deux ancrés dans ce territoire des Hauts-de-France ? Ce sera la faute du méchant Bojo ou de Bruxelles l’impuissante ? 

Dans un an, la France prendra la présidence tournante de l’Union. On sera alors en pleine campagne. Réguler les Gafa, taxer le carbone aux frontières, et réformer Schengen… Voilà quelques-unes des grandes thématiques qui seront débattues. Il y aura encore des frexiteurs en meetings, à n’en pas douter, mais si c’est pour rejouer 2017, attention, beaucoup de Français, revenus des brouillards de Londres, seront vaccinés.

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