L'édito politique de Françoise Degois. _____Début de semaine difficile pour Nicolas Sarkozy. Guadeloupe, crise, chute avérée dans les sondages, -7 points dans le JDD hier. Quelque chose ne tourne plus rond, comme si le ressort était cassé, comme si tout ce qui l'avait propulsé au sommet de l'état - la capacité d'action, de transgression, de communication - comme si tout cet attirail de conquête devenait inutile, hors d'usage, dans l'exercice du pouvoir, surtout en temps de crise. Car c'est bien cela qui est au cœur de la chute dans les sondages, du désamour de l'opinion, de la contestation : la méthode Sarkozy. Cette volonté d'omniprésence - pour ne pas dire d'omnipotence - qui le laisse aujourd'hui seul, sans bouclier face à une crise sociale qui semble s'installer. Comme si cette opinion, qui l'a confortablement élu il y a bientôt 2 ans, avec un véritable espoir de changement placé dans ce quinqua débordant d'énergie, comme si l'opinion non seulement n'écoutait plus, mais n'entendait plus, ou alors de façon très lointaine, le bourdonnement d'une parole présidentielle qui ne trouve plus la bonne note, le bon tempo les bons mots, qui s'use à force de se diluer tout le temps, partout et sur tout sujet. Une parole virevoltant de la Guadeloupe à la crise, du salon de l'agriculture au sommet européen, tour à tour index pointé ou main sur l'épaule, menaçant ou cajoleur. L'alchimie Sarkozy ne marche plus. Comme si les scénaristes chargés de raconter l'histoire, vous savez cette fameuse story telling dont on nous rebat les oreilles, comme si les scénaristes de l'Elysée séchaient sur la suite du film avec un acteur principal qui ne sait plus très bien, lui-même, quel rôle il doit jouer. Oui, c'est bien la gouvernance Sarkozy qui est en cause. Cette méthode qui consiste à s'emparer de tout, avec gourmandise et volontarisme, à penser que parce qu'il le décide, au moment où il le décide, les vents tourneront forcément en faveur de ce qu'il a décidé. On l'a vu sur la réforme des universités, on l'a vu sur la Guadeloupe. En plaçant ses ministres, Valérie Pécresse et Xavier Darcos d'un côté, Yves Jego de l'autre, en les plaçant sous tutelle avec la nomination de médiateurs, le chef de l'état affaiblit non seulement leur parole mais aussi la sienne. Et si le calme revient aux Antilles, ce qu'il faut profondément souhaiter, cette crise restera l'illustration parfaite de ce qui semble s'installer à l'échelle du pays : un dialogue de sourd. Et que peut faire le chef de l'état pour redresser la barre ? Plus que jamais, Nicolas Sarkozy est à la croisée des chemins. Il peut choisir de se « chiraquiser » en quelque sorte, s'installer dans une impopularité durable pour promesses de campagnes non tenues. Jacques Chirac devait réduire - vous vous en souvenez - la fracture sociale. On sait ce qu'il advint… Nicolas Sarkozy, lui, devait être le Président du pouvoir d'achat. On voit ce qu'il en est... Se « chiraquiser » donc. Accepter d'être impopulaire pour une longue durée, et redorer son blason sur la scène internationale. Au fond, ne pouvait-on pas discerner, dans sa dernière intervention télévisée, les prémices de cette « chiraquisation » ? Un président derrière son bureau répondant à une batterie de questions soigneusement calibrée, lisse, sans vague, sans prise de risques. Sérieux, un exercice formaté, presque formolisé, qui sied mal au personnage et au nouveau siècle. Mais Nicolas Sarkozy peut aussi changer, admettre que le cap n'est pas le bon, que l'attitude n'est pas la bonne, et qu'en ces temps de crise financière, sociale, psychologique, il faut tout revoir, à commencer par son propre comportement. Réinventer un nouveau lien avec le pays, passer du « moi je » au « vous ». Une véritable révolution copernicienne... Chiche !

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