C’était en principe aujourd’hui que les trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel DEVAIENT être nommés, mais apparemment, ça coince… L’affaire vire au casse-tête pour Nicolas Sarkozy, qui va se rabattre sur la Cour des Comptes afin de poursuivre son ouverture…"Ils se prennent les pieds dans le tapis de manière extraordinaire", s’est exclamé hier un Michel Charasse très agacé. Le sénateur de gauche, exclu du PS, ami de Nicolas Sarkozy, était l’une des personnalités pressenties pour rejoindre le Conseil. Il devait remplacer Pierre Joxe, l'un des trois sortants, un socialiste pour en remplacer un autre. Mais sa nomination s'est heurtée au petit jeu politique des équilibres. "Moi j’ai dit au président : si ce, n’est pas possible, libérez-moi de ça, laissez-moi tranquille, je n’ai rien demandé", pestait hier l’ancien fidèle de François Mitterrand, avant d’ajouter, sur un ton zen: "je suis très serein, j’ai dit à Nicolas que je n’aurai ni amertume, ni inimitié. Si tu ne peux pas, ce n’est pas grave. Un président ne se lie jamais les mains, il doit pouvoir décider librement". Pour bien comprendre ce qui se passe, le Conseil constitutionnel, installé rue de Montpensier, contrôle l’élection présidentielle et vérifie la conformité des lois. Il est composé de onze membres: le truculent Jean-Louis Debré, qui préside l'institution, ainsi que huit autres sages. Leur mandat est de neuf ans. Vous y ajoutez Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, les ennemis intimes, membres de droit en tant qu’anciens présidents de la République. L’institution a fait parler d’elle, fin décembre, en censurant la taxe carbone du chef de l’Etat. Les sages sont passés alors pour un ramassis de dangereux révolutionnaires, eux qui ne se sont basés que sur le droit, et rien d’autre. Trois membres sont donc à renouveler. Un nommé par le chef de l’Etat, les deux autres par les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Tous les trois se sont entretenus par téléphone hier, sans parvenir à s'entendre, et ont décidé de se donner encore un peu de temps. La date limite des mandats étant le 11 mars. Qu’est ce qui coince Jean-François ?Ecoutez bien, cela rappelle le jeu des chaises musicales. A l'origine, Larcher devait désigner Charasse, Accoyer nommait une femme, pour remplacer celle qui part, il n’y en a que deux au conseil. La conseillère d’Etat Marie-Laure Denis, membre du CSA, était pressentie. Nicolas Sarkozy faisait entrer l'avocat d'affaires Jean-Michel Darrois, l’un de ses proches. Patatras, la machine s’est grippée. Gérard Larcher a choisi le sénateur UMP Hubert Haenel, 67 ans, qui détient plusieurs présidences au Sénat que Larcher pourrait redistribuer en vue de sa propre réélection l’an prochain. Par ailleurs, l’ancien commissaire européen Jacques Barrot est allé frapper à la porte de Bernard Accoyer, pour insuffler une vision européenne au sein du Conseil. Vous y ajoutez une femme, pour faire bonne figure chez ces messieurs. Cela fait trois. Il ne pourra pas y avoir deux sénateurs désignés. Michel Charasse se retrouve exclu, malgré le soutien de poids de son ami auvergnat Brice Hortefeux. Et il n'y aura plus de socialiste au Conseil. C'est donc l’impasse, Jean-François ?Seule la nomination du nouveau président de la cour des comptes sera finalement annoncée aujourd’hui. Vraisemblablement celle du député PS Didier Migaud. L’ouverture se fera ailleurs. Mais le chef de l’Etat souhaite en finir, il doit lundi prochain aller prononcer un discours, rue de Montpensier, pour la mise en route de la réforme qui permettra la saisine du Conseil constitutionnel par les justiciables. La morale de l’histoire est que le président n’est pas tout-puissant. Il doit composer avec une majorité qui renâcle, les rêves d’ouverture sont parfois difficiles à faire avaler à une majorité souvent rétive, et qu'il faut savoir ménager en période électorale.

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