Vous évoquez la campagne compliquée de François Hollande.

Le constat est fait par ceux qui l’entourent : « nous n’avons pas fait preuve d’imagination depuis le meeting de Nicolas Sarkozy à Marseille. Nous menons une campagne sépia ». François Hollande le répète, « il faut tenir deux mois ». Ce sont les plus durs, au bout de trois ans de campagne, quand il est parti seul. Toute la difficulté est de mener sa propre marche, sans être sans cesse en réaction à l’autre.

Il y a une angoisse chez François Hollande, qu’il manifeste dès la page 14 de son livre Changez le destin , que vous évoquerez avec lui, tout à l’heure, Patrick : que sa campagne devienne « désincarnée », comme le fut celle de Lionel Jospin en 2002, « où l’on fait faire au candidat tant de choses qu’il ne maitrise plus », écrit François Hollande, qui n’a jamais oublié ce que lui a dit le candidat Jospin le 20 avril, la veille du désastre : qu’il reverrait tout le dispositif le lundi suivant, pour le deuxième tour. Il n’en a pas eu l’occasion.

Alors… François Hollande aujourd’hui exprime régulièrement son désir de respirer, rencontrer les Français. « Il n’arrivait plus à faire un pas Ça devenait n’importe quoi», raconte l’un de ses communicants, pour justifier le recours à ce que l’on appelle dans le jargon des « pools » restreints de journalistes, pour qu’il y ait moins de micros et caméras, de manière à fabriquer des images propres. Comme celles de son rival, Nicolas Sarkozy, sur le Pont Mirabeau, arrivant à pied à son QG, avec juste deux trois personnes, vécues chez certains communicants du candidat socialistes, comme un modèle du genre.

Le problème pour le favori des sondages est également d’avoir tout donné au Bourget, parce qu’il fallait frapper un grand coup. « Des cartouches, nous en avons encore », affirme le staff de François Hollande. Il faut tenir, face à un rival, rompu à l’exercice.

La campagne ne va pas se réduire au final à une bataille d’images…

Non, et c’est bien là le problème qui est posé – en fait - à tous les candidats de 2012. Il y a cinq ans, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont incarné dans leur affrontement une promesse, un renouveau de la vie politique, à coups de symboles, d’images, de slogans.

Un quinquennat plus tard, au vu de la situation du pays, le président sortant, mais aussi les autres candidats, ne peuvent plus réenchanter le rêve français. Regardez les propositions de Nicolas Sarkozy hier soir sur France 2. Les Français savent bien que ce vous donnez d’un côté, vous le reprenez forcément de l’autre. Il n’y a plus d’argent.

Il reste les valeurs. François Hollande place la justice au cœur de son programme ? Les électeurs veulent du très concret, dans leur vie quotidienne. Les promesses se heurtent tout de suite au principe de réalité : les caisses sont remplies de dettes. Les candidats en sont réduits à faire campagne avec des boîtes à outils compliquées. A défaut de pouvoir offrir une nouvelle frontière.

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