Ce matin, le bonheur est dans le pré…

C'est parti ! C’est la grande transhumance d'hiver... Comme chaque mois de février, les Français observent un peu amusés le spectacle de leur classe politique allant tâter le cul des vaches. C’est Francois Hollande, en bon disciple corrézien de Jacques Chirac, qui a inauguré le salon de l'agriculture avant-hier, et avec au passage un message politique envoyé aux frondeurs, ces brebis égarées de la majorité... Manuel Valls, lui, y est en ce moment-même et toute la semaine, le défilé va continuer sur la paille... Alain Juppé, Bruno Le Maire, Francois Fillon, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen... Pas un présidentiable digne de ce titre n'oserait snober un tel rendez-vous. Ah si, j'ai tout de même noté un absent, ce sera Jean-Luc Mélenchon, pour cause d'agenda surchargé nous dit-on... En politique, c'est ainsi, on ne pose pas de lapin aux vaches. Au fil des ans, le salon est devenu un rituel de passage presque républicain. S'y faire prendre en photo, c'est comme dessiner un joli clocher ou un village sur son affiche de campagne, cela fleure bon la France de la publicité Herta, celle des saucisses grillées à la braise et des mouillettes dans l'œuf. ça fait terroir, France d'en bas, les mains dans la terre, et chacun vient donc y rechercher une forme de bénédiction, d'onction du monde agricole, alors même que la classe politique française, souvent jacobine et parisienne (mais il ne faut pas le dire trop fort) n'a jamais été aussi déconnectée des difficultés de terrain.

Mais le salon de l'agriculture, ce n'est pas uniquement cette "France Herta" que vous venez d'évoquer…

Non, et cela, les Français comme leurs représentants politiques l'ont bien compris. L'agriculture aujourd'hui, c'est à la fois l'une des racines de la société française, et un condensé des défis qui nous attendent...

Prenez l'écologie : le monde rural est désormais en première ligne, avec la question des pesticides et de la pollution des nappes phréatiques. On lui demande de produire mieux, en polluant moins et si possible pas trop cher. Autant dire la quadrature du cercle. C'est tout le défi de l'écologie non punitive, acceptable économiquement qui est posée dans nos campagnes.

Prenez l’Europe, cela fait plus de 50 ans que les agriculteurs vivent au rythme de la PAC, la politique agricole commune. L'Europe, ils en jugent quotidiennement l'efficacité ou la complexité quand il faut remplir les formulaires administratifs à la virgule près.

Idem pour la mondialisation, dont ils sont à la fois les bénéficiaires et les victimes. Et on pourrait évoquer aussi la place des services publics, la problématique des transports, ou la désertification rurale, ou là encore, les campagnes ont souvent été les plus impactées par les fermetures de services publics. Longtemps, les agriculteurs ont voté, presque comme un seul homme pour la droite classique, républicaine, avant de se tourner aujourd'hui vers les sirènes du Front national qui a su leur offrir un discours anti-mondialisation de nature à les rassurer, quitte à se recroqueviller sur nos frontières. Le message qu'ils envoient aujourd’hui va bien au-delà de cette carte postale un peu nostalgique du salon de l'agriculture. Ils ont surtout le sentiment, que ce soit pour leur avenir, pour la transition énergétique, ou même pour le futur traité de libre-échange avec les Etats-Unis, d'être envoyés à la bataille, sans munition et surtout sans boussole.

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