"La démocratie, le moins mauvais de tous les systèmes" : 80 ans après Churchill et malgré la crise Covid, la défiance envers les institutions et les politiques régresse en France. Analyse du dernier baromètre Cevipof.

Assemblée Nationale
Assemblée Nationale © AFP / Manuel Cohen

L’édito politique du jour, avec vous Yael Goosz. Que disent les Français de leur classe politique ? A moins de 15 mois de la présidentielle, le tableau n’est pas si sombre que ça...  

Après la météo, c’est l’un des baromètres les plus suivis depuis 2009. Une fois par an, le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie une batterie de sondages (134 pages !) sur la confiance des Français, et en miroir, celles de nos voisins européens. Pas la peine d’enjoliver la situation : après un an de crise Covid, nous, les Français, sommes les plus déprimés. Les sentiments de "lassitude" et "morosité" montent en flèche ! 

Mais cela ne s’accompagne pas d’un rejet du personnel politique en place. Les résultats sont même encourageants pour celles et ceux qui ont les mains dans le cambouis depuis le début de la pandémie. Confiance dans les institutions : en hausse sur un an à tous les niveaux. Du conseil municipal, en tête (64 %), au gouvernement, en queue de peloton (35 %). Confiance dans les députés (+7 points), les eurodéputés (+6), le Président (+7). Sentiment que la démocratie fonctionne bien ? Oui, à 42 %, c’est un bond de 7 points ! Nos dirigeants sont-ils corrompus ? 4 Français sur 5 le disaient en 2014, moins de 2 sur 3 aujourd’hui. On part de loin, mais il y a reflux du « tous pourris ».  

Comment expliquer cette relative éclaircie ?  

Derrière la lassitude, il y a le sentiment que les gouvernants font ce qu’ils peuvent, tant bien que mal et quoiqu’il en coûte. On le lit aussi dans d’autres baromètres (Ifop, Odoxa...), qui mettent l'exécutif à un niveau de popularité très correct. 

Et c’est là qu’on en vient aux injonctions contradictoires. La demande de protection, oui, elle est très forte. Mais seulement si le pouvoir est partagé. Le Cevipof pose la question : « voudriez-vous être dirigé par un homme fort qui n’aurait à se préoccuper ni du Parlement ni des élections ? » 34 % de oui en France… Taux faible si on le compare à nos voisins (49 % au Royaume-Uni !). La chute s’est produite après la crise des gilets jaunes. Souvenez-vous, c’était le débat jupitérien : verticalité versus horizontalité. 

Avec le virus, on a retrouvé cette dualité. Il faut associer à la décision. A l’Elysée, la rhétorique guerrière a cédé la place au dogme de « l’humilité ». Olivier Veran prend un avion pour Nice et consulte Christian Estrosi avant de reconfiner… On est loin du psychodrame marseillais en septembre. 

Mais avec le printemps qui arrive, le consentement aux contraintes sera plus dur à obtenir. Dans la majorité, 40 députés menacent de ne plus voter la prolongation de l’état d’urgence. Autre signe qui ne trompe pas : dans l’embouteillage des textes à faire passer au Parlement, Emmanuel Macron choisit le projet de loi 4D. Ressorti des tiroirs, il va confier de nouvelles compétences aux collectivités locales.  

Oui, il y a l’urgence sanitaire, mais à éplucher ce baromètre, on ne comprend pas pourquoi Emmanuel Macron hésite autant à remettre le sujet institutionnel sur la table. Trop technique, trop politicienne la proportionnelle ? Sans doute. Mais les esprits sont mûrs pour faire respirer cette démocratie à la française, approuvée par 84 % des sondés ! Les conventions citoyennes, plébiscitées elles aussi. Le collectif vaccins se réunit cet après-midi, les 150 de la convention climat se revoient une dernière fois ce week-end.  

Note pour la fin du quinquennat : ne pas avoir peur des innovations que l’on a soi-même impulsées.

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