Retour sur deux événements survenus hier qui n'ont apparement rien à voir entre eux et pourtant... L'un est parti en "grandes vacances" comme il aimait à le dire. L'autre, plus prosaïquement et moins définitivement, a juste jeté l'éponge dans la course à la présidentielle, suspendant ce qu'il a appelé "son ingérence politique". La disparition de l'abbé Pierre et la défection de Nicolas Hulot offrent le téléscopage de deux actualités, qui curieusement interpellent la et les politique(s). D'abord parce les deux hommes ont malgré leur âge, leur parcours et leur vie dissemblables, bien des points de convergence. Hiver 54 ; "mes amis au secours " s'écrie l'abbé Pierre. Ces mots étaient les premiers d'un long combat qui mena l'abbé toujours au plus proche de la misère, de celle des SDF à celle des sans papiers. Un combat qui paradoxalement trouve ces jours-ci une forme d'aboutissement, un rêve d'aboutissement plutôt, avec l'adoption imminente de la loi sur le droit au logement opposable. Automne 2006. C'est cette fois le cri du coeur de Nicolas Hulot qui retentit et qui s'insurge contre l'inconscience et le silence des projets politiques sur la question environnementale. Le pacte écologique de l'animateur d'Ushuaïa est signé par un demi million de personnes, et ses engagements repris par la majorité des candidats. Conséquence et consécration, ils deviennent tous les deux les chouchous des Français. Une icône même dans le cas de l'abbé, qu'aucune faute, même sa complaisance à l'égard de Roger Garaudy ne viendra altérer. Alors pourquoi ces deux hommes interpellent-ils les politiques ? Parce que si les deux ont "tâté" ou ont eu la velléité de "tâter" de la politique, l'abbé Pierre fut député MRP de 46 à 51, un "piètre député" reconnut-il lui-même, l'efficacité de leur combat est ailleurs. C'est hors des murs de l'assemblée nationale que l'abbé Pierre mit sur pieds Emmaüs, obtint le doublement de la construction de logements sociaux dans les années 50, ou fit pression pour maintenir, l'an dernier encore, l'obligation pour les communes de 20% de logements sociaux dans la loi SRU. L'efficacité du rôle de Nicolas Hulot dans la prise de conscience de l'enjeu écologique reste à démontrer, sera-t-il le même "aiguillonneur" que l'abbé ? Mais les deux décidemment ont quelque chose à voir l'un avec l'autre, et disent quelque chose du jeu politique traditionnel. Il y avait hier d'ailleurs quelque chose d'un peu troublant dans l'hommage unanime rendu par la classe politique à l'abbé Pierre, comme dans le soulagement face au retrait de Nicolas Hulot. Admiration bien sûr mais aussi. Par leur sens de l'insurrection, leur incapacité ou leur refus d'adopter les codes politiques traditionnels, par leur parfaite utilisation aussi des medias, les deux 2 hommes agaçent ou agaçaient. Ils incarnent d'une certaine manière le côté lumineux de l'action politique au sens le plus large du terme, et par là même du coup, la mauvaise conscience des professionnels de la politique.

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