Jacques Attali remet ce matin à Nicolas SArkozy son rapport pour "libérer la croissance". Plus de 300 mesures, déjà largement éventées dans la presse. La question maintenant est de savoir ce que le président de la République va en faire. "Ce que vous proposerez, nous ne le ferons", s'était exclamé Nicolas Sarkozy l'été dernier lorsqu'il avait installé la commission Attali. Quelle imprudence de dire ainsi "chiche", avant même de connaître le fruit des 43 sages phosphorant. Un rapport, ce n'est pas forcément fait pour cela. Il y en a eu des dizaines, certains éminents, rapport Rueff Armand dans les années 60, rapport Camdessus plus récemment. Il n'a jamais été question d'appliquer TOUT, sans barguigner. Enfin, maintenant, ce qui est dit est dit, et voilà le président un peu embarassé. Embarassé car hier, il se murmurait à l'Elysée, que "sur les 316 mesures préconisées, il y en a certes 315 de formidables ! Formidables vraiment, audacieuses, inventives... mais qui coûtent cher, très cher ! Et puis la 316ème qui explique qu'il faut baisser les dépenses publiques d'un point par an ! Eh oui, l'un des problèmes de Nicolas Sarkozy pour appliquer ces dispendieuses mesures, c'est que "les caisses sont vides", et c'est lui qui le dit. Mais il n'y a pas que ça. Certaines des propositions Attali, d'inspiration fortement libérales, sont dans le droit fil de ce que le gouvernement a déja engagé. "Libéraliser la grande distribution" par exemple, pas de problème, il y a déjà une réforme de la loi Galland en cours. D'autres cependant sont plus iconoclastes pour la pensée sarkozyenne. La notation des profs par les élèves par exemple. Pour celui qui entendait "liquider l'héritage de 68", ce soudain renversement de hiérarchie a quelque chose de post soixantuitard un brin suspect. Plus sérieusement, la relance de l'immigration destinée à fournir les secteurs de l'économie française en manque de main d'oeuvre va carrément à l'encontre des objectifs de restriction assignés à Brice Hortefeux. Enfin, certaines mesures sont risquées électoralement parlant à quelques semaines des municipales. Dérèglementer l'accès à certaines professions, comme les taxis ou les coiffeurs, ça ne convainc pas unanimement les corporations concernées, et il se trouve que celles-ci sont plutôt bavardes et donc prescriptrices d'opinion ! Alors que faire de ces quelques 300 formidables propositions ? A peine éventé, ce rapport suscite déjà critiques et inquiétude. Inquiétude de la majorité UMP, qui craint de se voir à nouveau dépouillée de tout, quand Jacques Attali fait savoir "qu'il ne s'agit pas de picorer" dans son rapport, mais de tout prendre en bloc. Hier, François Fillon a fait de la câlinothérapie auprès des députés UMP. Le parlement aura le dernier mot leur a-t-il promis. Ils n'avaient pas l'air tous convaincus. Critiques émises au sein même du gouvernement : Michèle Alliot-Marie a déjà pris le contrepied de la suggestion Attali de supprimer les départements. Critiques de l'opposition bien sûr qui voit surtout dans ce rapport une façon de préparer les esprits à subir une augmentation de la TVA et de la CSG. Et inquiétudes enfin de l'opinion publique qui par voie de sondage, un BVA ce matin, ne manifeste pas un enthousiasme débordant à l'endroit de ces mesures. Alors que faire de ces quelques 300 formidables propositions ? Dès ce matin, Nicolas Sarkozy a décidé, paraît-il, d'en reprendre quelques-unes à son compte. Sans tarder ni tergiverser "croix de bois, croix de fer, si je mens..." etc. Reste à choisir les moins chères, les moins incohérentes avec ce qui a déjà été fait, les moins "chiffon rouge" pour ne pas énerver tout le monde avant d'aller voter. Soyons donc attentifs à ce qui va rester au final. Peut-être pas forcément plus que ce qui a fait la destinée de feuille morte de nombreux précédents rapports.

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