Ce matin, vous vous interrogez sur le brouillage des codes politiques classiques dans le débat public.

Oui, il ne s’agit pas de cette constatation rabâchée, maintes fois analysée, selon laquelle le clivage droite/gauche ne serait plus pertinent. Non il s’agit de constater que ce clivage, toujours structurant ne s’exprime plus selon les codes classiques de chaque camp. Chaque camp d’ailleurs reprend les codes de l’autre camp comme si il s’agissait de simples produits de communication interchangeables et désincarnés. François Hollande, en envoyant des troupes en Afrique, soutient la fermeté (la brutalité !) de l’Etat algérien pour régler fissa la crise d’In Amenas. Plus martial que le fut Charles Pasqua dans les années 80 qui voulait « terroriser les terroristes », le Président socialiste dit vouloir les « détruire » ! On ne lui connaissait pas ce langage ! L’inversion des codes, on pouvait aussi la constater lors de la manifestation contre le mariage pour tous. La droite et l’Eglise s’y sont exprimées à la façon du camp adverse : une communication festive, tout en rose. Frigide Barjot faisant danser Versailles sur des chars mobiles au son de la techno, comme dans une gay pride berlinoise… Jusqu’à l’intitulé de la « manif pour tous », détournant celui du « mariage pour tous ». Et ce titre à la une du Figaro Magazine : « ce n’est qu’un début ». Suggérant le fameux « continuons le combat », slogan tube des manifestations gauchistes des années 70. Une contestation conservatrice qui a su se donner les atours de la branchitude. Sur ce même sujet, de l’autre côté, la gauche répond avec des mots dignes de Raymond Marcellin ou de Claude Guéant, impavide, du genre : « ce n’est pas la rue qui décide, la légitimité est au Parlement ».

Est-ce que ça veut dire que la politique ne serait qu’un jeu de rôle ?

Non, bien sûr, ce serait réducteur de l’affirmer. Mais c’est vrai que la tête nous tourne. C’est toujours désarmant d’observer cette réorientation magique du langage qui s’opère dans les mois qui suivent une alternance ! S’il y a jeu de rôle, alors on pourrait décerner l’oscar du meilleur acteur de second rôle à Claude Guéant pour son interprétation de révolté bafoué quand il dénonce les agissements partiaux des fonctionnaires chargés de comptabiliser les manifestants. Lui qui a fait exactement pareil pendant cinq ans ! L’Oscar pour le premier rôle va à Manuel Valls pour son interprétation de Paul Déroulède dénonçant, je cite : « l’ennemi de l’intérieur » dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Oscar du meilleur scénario pour l’ensemble des ministres socialistes en charge de l’économie qui peuvent, tout d’un coup, nous parler de « compétitivité », comme de la prunelle de leurs yeux, alors que ce mot n’était quasiment pas prononcé pendant la campagne. Sur ce thème, deux prix spéciaux du jury : un pour son interprétation façon The Artist , c'est-à-dire muet de Benoît Hamon dans le film sur la compétitivité, et un pour Jérôme Cahuzac, rôle titre dans le biopic consacré à Raymond Barre, père la rigueur, lors du débat qui l’a opposé sur France 2, à Jean-Luc Mélenchon. Mais soyons juste : à regarder la versatilité péremptoire de certaines unes de journaux qui encensent et dézinguent les mêmes à quelques mois de distance, les journalistes sont à loger à la même enseigne de l’opportunisme démagogique. Et moi-même en disant ça, ne serais-je pas un peu démago ? Et reconnaître que je suis démago, ne serait-ce pas le comble de la démagogie ? Et en avouant que je reconnais… bref, je m’arrête !

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