Vous revenez ce matin sur la Une du Figaro d’hier avec ce titre: « Quand la gauche veut changer notre vie privée».

Oui, le Figaro décèle une offensive de la gauche sur les thèmes de société comme le mariage, l'IVG, ou l'euthanasie. Une offensive accompagnée par un nouveau langage, une « novlangue », qui serait étudiée par des communicants machiavéliques pour faire passer des pilules idéologiques. Par exemple, le Figaro a repéré les horripilants « faire France » ou « faire société », des termes qui évoquent les dislocations des liens sociaux. Ces termes seraient (dixit le Figaro) destinés à uniformiser la société : plus de différence ni entre les sexes, ni entre les races. Le Figaro développe l’idée selon laquelle un politiquement correct, une sorte de police de la pensée orwelienne, serait à l’œuvre au service d’une stratégie politique orchestrée en haut lieu pour faire diversion, au moment où la gauche trahit ses promesses économiques. En réalité les ridicules « Faire France » ou « faire société » viennent du sabir sociologique répandu par les multiples « spécialistes » qui peuplent nos antennes pour évoquer la nécessité de retrouver les voix du « vivre ensemble », autre tique de langage.

Mais c’est vrai que les réformes de sociétés sont parfaites pour réunir son camp et diviser l’adversaire !

Oui, elles ont souvent servi aux politiques pour masquer leur incapacité à changer la vie de leurs concitoyens. L’utilisation par le pouvoir mitterrandien du mouvement antiraciste des années 80 a unifié la gauche après le tournant de la rigueur et l’échec de la politique économique des socialistes.

L’activation des débats identitaires par Nicolas Sarkozy entre 2010 et 2012 procède du même ressort. Seulement, ni Mitterrand, ni Sarkozy n’avaient inventé l’antiracisme et l’angoisse identitaire. Ils ont su utiliser ces thèmes qui correspondaient à l’état psychologique du pays à un moment donné. Mais aujourd’hui nous ne sommes pas dans ce cas là. François Hollande n’exprime que peu d’avis sur les thèmes de société. On a d’ailleurs l’étrange impression qu’il ne pense rien sur ces sujets. Il n’a jamais eu un mot enthousiaste sur le mariage pour tous et a même tout fait pour déminer le sujet en reportant le débat sur la PMA et la GPA aux calandres grecques.

Les modifications de vocabulaire, concernant la notion de « bon père de famille » (voulues par les écologistes) ou de « détresse » dans le cas de l’IVG ne peuvent pas être mis au rang des grandes réformes qui bouleversent les bases de notre société ! François Hollande, partisan du calme plat, n’a pas besoin de ça pour diviser la droite. Son pacte de responsabilité ne fracture pas une gauche maintenant habituée à l’idée qu’on ne rase plus gratis, mais décontenance une droite qui proposait à peu de choses près les mêmes recettes.

En revanche une partie, très conservatrice de la droite, mal représentée à l’UMP et qui ne se reconnaît pas forcement dans le populisme du FN, se manifeste bruyamment. Elle représente cette France qui voit son monde disparaître. Un monde ou les hommes et les femmes avaient des rôles bien établis, un monde de hiérarchie et d’ordre ancien. Le Figaro, pour ne pas perdre le contact avec cette partie de la société que l’on n’entendait pas avant, en vient à estimer que lorsqu’on élargit les droits des individus, on s’ingère dans leur vie privée.

Etrange idée ! Si l’UMP choisissait de reprendre ce raisonnement (ce qu’elle ne fait pas pour l’instant) elle tomberait toute seule dans un piège que François Hollande ne lui a même pas tendu…et regagnerait, une fois de plus, le titre de « droite la plus bête du monde » !

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