Benoit Hamon contre Manuel Valls : ces 2-là, dites-vous, ne sont pas candidats à la même élection !

Non, et c’était tout à fait clair à l’écoute de leurs déclarations respectives, juste après les résultats. B.Hamon veut d’abord et surtout rénover, moderniser, réarmer en concepts, la gauche. Si c’est une œuvre utile, ce n’est pas la fonction d’un président de la République. Dans son discours d’hier, très décontracté, très sympathique (dans la forme) aucune solennité, aucune emphase présidentielle, même pas d’allusion directe au scrutin d’avril et mai prochains. Ses références au pic de pollution prévu cette semaine et à l’anniversaire de la mort de l’abbé Pierre, références prosaïques, soulignant l’orientation écologique et sociale, dessinaient ce dont devait s’inspirer, selon lui, la gauche de demain pour se reconstruire. L’écologie, comme futur de la gauche, et, avec le revenu universel, l’exploration (même tâtonnante) de solutions sociales novatrices pour un monde qui change, ont convaincu une majorité relative d’électeurs de la primaire. Ces électeurs auraient tout simplement déjà, et assez lucidement, analysé le rapport de forces politiques dans le pays… et donc ils utilisent cette élection pour favoriser celui qui fait preuve d’un sens du renouveau plus aigu par rapport, par exemple à un A.Montebourg, qui par son style, ses propositions un brin souverainistes, répondait moins bien à la formidable demande d’imagination, après ce quinquennat si frustrant.

Au contraire, pour M.Valls, ces primaires sont faites pour désigner un potentiel président pour mai prochain…

Oui, il a interpelé les électeurs, hier soir, pour leur dire qu’il ne s’agit pas de l’élection du 1ersecrétaire du PS mais la sélection d’un candidat pour la présidentielle. M.Valls a donc évoqué le terrorisme, parlé de Trump et Poutine, de l’aspect réalisable, finançable de ce que devaient proposer les candidats. On le sentait dans son discours (plus solennel et avec l’emphase qui sied à un potentiel chef de l’Etat), il avait hâte de débattre avec son concurrent pour faire éclater au grand jour les contours si peu présidentiels des propositions et de la personne de B.Hamon. Mais les électeurs sont d’une liberté insoupçonnable, ils ne répondent pas forcément à la question qui leur est posée. Ils répondent à celle qu’ils auraient aimé qu’on leur pose. Ils transforment le scrutin à leur guise. Et visiblement, pour les électeurs d’hier, il s’agissait plus de rénover la gauche que d’envisager un président pour dans 3 mois. Pour ce qui est de concourir à la présidentielle, d’autres candidats (Mélenchon et surtout Macron), hors de la primaire, semblent avoir leur préférence. Le ton, très raide, presque définitif de M.Valls vis-à-vis de B.Hamon, prouvait que l’ancien 1erMiniste se trompait d’élection. L’ordre d’arrivée des 2 qualifiés et le bien mauvais taux de participation, maladroitement nié ou masqué hier soir par les organisateurs, vont dans ce sens aussi : Dans l’esprit du peuple de gauche, cette primaire, finalement largement boudée, ne désignera pas un possible prochain président en 2017.

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